Doctoriale du 5 décembre du LARHRA

Cette journée d’études est organisée par les étudiants du LARHRA. Cette manifestation est née de la volonté de plusieurs doctorants de créer une dynamique de groupe au sein de notre laboratoire pour les doctorants et d’ouvrir un espace de discussion sur des points de méthodologie historique, mais aussi sur les sujets que nous abordons chacun dans nos thèses respectives.

J’ai participé à son organisation et à son élaboration avec quelques collègues doctorants : Martha et Maria, Michel, Cindy, Fanny…

Au cours de nos réunions mensuelles, l’idée d’une journée d’études a germée. Nous étions tombés d’accord sur le thème du parcours, ou tout du moins sur cette dynamique de déplacement d’acteurs individuels et collectifs, déplacements de nature diverse, biographiques, professionnels, collectifs. C’est pourquoi, nous avons convenu d’un titre assez long mais éloquent « Parcours individuels, parcours collectifs, parcours du jeune chercheur ».  Nous avions au départ opté pour la notion de « trajectoire », mais nous nous sommes rapidement aperçus des limites téléologiques du terme. Une présentation de l’historiographie contemporaine sur la notion de parcours par Michelle Zancarini-Fournel nous a alors aiguillé sur la notion plus ouverte et englobante de « parcours »

Bien qu’en apparence analogues dans leur définition, les notions de parcours, d’itinéraire, de trajectoire recouvrent des réalités et des lectures diverses selon l’angle par lesquels on les aborde. L’idée d’un déplacement, ou tout du moins d’une dynamique, d’une mobilité, d’un cheminement émerge de ces trois termes, et la diversité des interventions ont scandé  cette journée l’ont prouvé

Le terme d’itinéraire marque une pluralité des possibles mais aussi une certaine forme de téléologie : l’itinéraire, scindé en étapes suppose qu’il existe une finalité et une fin . En dépit de certaines irrégularités, cette notion est d’une grande pertinence pour parler des carrières professionnelles individuelles.

La notion de parcours relève d’une indétermination dans son but, marquée par une évolution plus conjoncturelle que planifiée on parle de parcours professionnel, de parcours individuel.

Quand à la notion de trajectoire, elle renvoi au vocabulaire de la balistique. Pierre Rosenvallon utilise cette notion pour étudier les trajectoires individuelles et profesionnelles dans un monde du travail dominié par l’économie de marché. Le terme est peut-être plus réducteur que les deux précédents puisqu’il s’agit d’un déplacement d’un point à un autre point, sans digression, ni pluralité possible…

L’ensemble des intervention de cette doctoriale a été de haute volée et plaide pour une publication imprimée ou électronique.

La matinée fut consacrée  à l’acteur individuel comme objet étude, où les trois intervenants : Gabriel  Garrotte évoqua un parcours notabiliaire du XIXe siècle dans les départements du Rhône et de la Loire, Martha Gilson, est intervenue sur Philomène Magnin et le logements des personnes agées à Lyon, puis Maria Uzcategui la ligne d’action de Pierre Arnal , ambassadeur de France au Vénézuela dans les années 50  en matière de politique culturelle.

L’après-midi, les communications ont mis l’accent sur les acteurs collectifs, en insistant sur les entités collectives et les réseaux.

Tony Côme débuta par une intervention sur la Post-Modernité et les frictions, collisions et déviations des trajectoires artistiques de ce mouvement des années 20 à nos jours. Catherine Déchelette Elmalek poursuivit par une présentation des communautés juives de Lyon,  et j’ai achevé la journée en expliquant les notions de Parcours et trajectoires dans le réseau épistolaire de la République des Lettres.

Mon intervention a été appréciée.  J’ai développé le concept guattaro-deleuzien de rhizome, peu connu de mes collègues. J’ai surtout été frappé par la soif d’analyses conceptuelles de l’assitance. L’histoire française ne se penche pas sur les concepts, délaissés au profits de l’analyse et de l’interprétation des faits et des données exploitées. Pourtant,  tenter d’aborder les concepts, c’est donner du sens à nos recherches.

Ma démarche était simple : partir des mots : que signifie concrètement la notion de parcours ? Peut-on la lier à mon sujet de thèse ? Au fil de ma réflexion, j’en suis arrivé à la notion de réseau. J’ai alors tenté de définir la résiliarité en histoire, et surtout dans le cadre de mon sujet.  J’ai alors circonscrit ces notions de réseau, de parcours, d’itinéraire à leur spatialité. En schématisant ces notions, j’ai pu alors développer le concept de rhizome et ceux adjacents de plateau et de segment dévéloppés  par Gilles Deleuze et Felix Guattari dans leur livre Mille Plateaux .

J’ai essayé de montrer que par les réseaux épistolaires, nous pouvions dissocier deux réseaux : celui des acteurs, et celui des interactions entre acteurs c’est-à-dire des échanges. Je précise, des échanges intellectuels, donc de l’information. Je mettrai en ligne mon intervention dans un cadre plus formel. Dès qu’il sera disponible, je mettrai un lien sur ce blog pour que vous puissiez le lire.

J’ai été frappé par la demande réelle et importante d’analyses conceptuelles de grandes notions, dont celle de parcours fait partie. Le retour à une herméneutique textuelle permet d’encadrer notre réflexion personnelle sur les documents que nous interprétons.  Une analyse conceptuelle permet de sortir des sentiers battus d’élaborer de nouvelles hypothèses, de voir sous un angle nouveau le sujet étudié. Une de mes collègue avec qui je discutais me disait qu’elle regrettait que les historiens français n’investissent pas davantage ce champ de réflexion épistémologique. Il ne s’agit pas de faire de l’histoire une science conceptuelle mais bien de lui donner une assise solide en tant que science dépassant la simple interrogation epistemologique.

Paradoxalement, ni les universités, ni les écoles doctorales dépendant du PRES n’organisent, en tout cas à Lyon, de séminaires historiographiques permettant d’éprouver quelques notions sous un angle théorique. Des collèges d’autres sciences humaines, sociologues, philosophes pourraient contribuer aux historiens d’arrêter de regarder leur nombril et de travailler en moine chartreux sur son sujet reclus dans sa cellule. Mieux, nous pourrions rêver à un travail collaboratif ou coopératif sur plusieurs sujets connexes à nos disciplines. La société évolue, elle suppose des relations de plus en plus étroites entre individus. Cela suppose de la part des historiens une décrispation et l’acquisition d’une nouvelle méthode collective de travail et de recherche. Pourtant, l’historien opère tranquillement sa révolution méthodologique. Les mandarins de l’histoire partent à la retraite. Les jeunes chercheurs et les doctorants sont eux demandeurs d’un travail collaboratif qui les rassure tout autant qu’il valorise leurs compétences.

Nous avions initialement ouvert notre journée d’étude aux collègues des sciences humaines et sociales, mais personne n’a répondu à notre appel à contribution. La prochaine édition de cette doctoriale, si elle a lieu, pourrait se focaliser sur le traitement d’une thématique commune à l’ensemble des sciences humaines et sociales.

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