Une application mobile pour l’exposition Soulages XXIe siècle

A l’invitation du Musée des Beaux-Arts de Lyon, j’ai testé mardi dernier, 13 novembre, l’application pour smartphones consacrée à l’exposition » Soulages XXIe siècle » avec quelques blogueurs culturels lyonnais.

Le Musée a acquis trois oeuvres du Peintre, ce qui a donné lieu à une exposition d’envergure sur les toiles de l’artiste, la plus importante depuis celle de 2009 qui s’était tenue au Centre Pompidou à Paris pour les quatre vingt-dix ans du Peintre.

L’exposition connait une belle affluence puisque après un mois d’accrochage de 35 000 visiteurs ont arpenté les salles dédiées aux oeuvres récentes ( et un peu plus vieilles) de Pierre Soulages puisque la dernière création du Peintre accrochée en salle remonte à août 2012.  Les toiles exposées avant 1979 sont rares. Cette date correspond à la découverte par Soulages de ce qu’il nomme  l’Outrenoir

J’avais eu eu le loisir d’approcher les toiles de Soulages dans le flot ininterrompu des invités au vernissage au mois d’octobre. Cette fois ci, j’ai eu, avec notre petit groupe de visiteurs le privilège d’approcher de très près les toiles du Peintre dans un musée fermé au public. Cette visite guidée m’a permis de découvrir des détails que je n’avais pas vu, ou perçu. Elle fut aussi l’occasion de télécharger gratuitement sur Google play et de tester avec l’équipe du Musée une application dédiée à l’exposition. Une application iPhone est également  disponible  sur l’App store d’Apple.

La mosaïque de l’application, autant de facettes de l’oeuvre de Soulages à explorer

Pour les musées, le numérique constitue un nouveau support, stratégique, permettant de valoriser leurs collections, leurs activités, et d’élargir leur public et leur audience. Les applications deviennent ainsi un nouveau medium, pratique, pour étendre et/ou approfondir l’univers des collections temporaires ou permanentes des musées. Les outils numériques constituent des instruments de choix pour les institutions culturelles. Ces instruments renforcent et prolongent les interactions du public avec  les collections.  Certains vont même plus loin et pensent déjà au musée de demain comme c’est le cas avec Museomix, qui s’est tenu au Musée gallo-romain de Lyon, projet auquel plusieurs connaissances ont participé.

Ce n’est pas la première fois que le Musée des Beaux-Arts de Lyon développe une application avec les mains expertes de My Lucky day pour valoriser ses expositions, puisqu’à l’occasion de l’exposition dédiée à Emile Guimet et à sa passion pour l’Egypte antique, on pouvait télécharger une application, plus didactique et thématique sur les passions du collectionneur.

Pour l’exposition Pierre Soulages, le parcours ne suit pas de thématiques ni de chronologie. L’application essaie toutefois de donner par un parcours en neuf parties, correspondant à autant de pages de textes et d’images, les idées essentielles à la compréhension de l’oeuvre de Soulages : la Lumière, la matière, l’exposition des toiles, la technique, l’Outrenoir. L’audioguide, présent sur l’application donne à l’ensemble une valeur documentaire réelle à l’application et accessible au plus grand nombre.

Il est toutefois nécessaire de télécharger l’application avant d’entrer au musée. Les murs épais du bâtiment conçu par Royer de la Valfenière au XVIIe siècle offrent malheureusement une réception médiocre des réseaux 3G et 3G+.  Un dispositif est prévu dans le cloître du Palais Saint-Pierre pour faciliter l’accès aux app stores et télécharger les 40 Mo de l’application.

Cette application s’avère très réussie, et approfondit avec une grande cohérence esthétique l’exposition consacrée à Pierre Soulages. On peut juste regretter  quelques petits problèmes de navigation entre les pages, qui sera j’en suis sur rapidement résolu.

Une mention particulière doit être faite pour le superbe teaser de l’exposition et le jeu d’une extrême simplicité mais traduisant bien l’esprit de l’Outrenoir.

***

La visite de l’exposition et le test de cette application m’ont aussi permis de creuser un peu plus des questionnements plus personnels, comme la réception des oeuvres d’art, le rapport à l’objet, ce que je développerai dans un autre billet.

En 1966, Pierre Bourdieu et Alain Dardel publiaient L’amour de l’art : Les musées et leur public.  A sa lecture, j’avais été frappé par la « frustration » ressentie par un public peu cultivé ou peu au fait de l’Art devant les oeuvres d’art qu’il pouvait voir au Musée. En d’autres termes, Bourdieu et Dardel faisaient de la fréquentation du musée un « fait de classe » où l’art « légitime » s’offrant uniquement à ceux qui ont le « capital culturel » pour le comprendre. Ce capital est transmis par le milieu socio-culturel où l’individu a grandi. Bien sûr, depuis les années 1960, l’accès à l’Art a évolué, son enseignement s’est démocratisé dans l’institution scolaire ; il en va de même pour la composition du public du Musée, plus variée, plus jeune aussi.  La problématique évoquée par les sociologues dans les années 60 n’en reste pas moins pertinente,  donner au plus grand nombre les clés nécessaires à la compréhension de l’oeuvre d’Art, de sa conception à son accrochage.

Lorsque notre guide nous a présentée les oeuvres de Soulages, j’ai été très frappé de la façon dont elle le faisait, elle parlait avant tout de son ressenti face à la toile, et donnait ensuite des éléments plus techniques : la texture des surfaces, la matité ou la granularité de la matière, la technique de Soulages ; mais à pratiquement aucun moment il n’a été question de trouver de donner le titre de l’oeuvre ni une quelconque signification.

Pour Soulages, l’oeuvre doit être vécue comme une expérience sensible et intellectuelle par le peintre comme par le spectateur.

soulages a lui même théorisé cette expérience, son expérience c’est-à-dire sa perception par l’Outrenoir . Privé des indications sur l’Outrenoir, perçoit-on les oeuvres telles qu’elles doivent être ? Quelle est la liberté de perception du visiteur face à ces oeuvres ? Ne trahit-on pas l’intention de l’artiste ?

La multiplication des supports peut dans ce cas devenir salutaire au néophyte dans l’oeuvre de Soulages, comme dans celle d’autres artistes. Ils instruisent tout autant qu’elles guident le public. Les médias sont nombreux : catalogues, prospectus, audioguides, textes à l’entrée des salles, et désormais applications, mais ils sont toujours indispensables pour celles et ceux qui se sentent impuissant à saisir l’intention de l’artiste tout autant que l’oeuvre d’art elle même.

Je trouve par ces questionnements, et les solutions proposées par le Musée des Beaux-Arts de Lyon, des points communs avec les réflexions que nous menons dans l’Enseignement supérieur sur la transmission de connaissances par le moyen des nouvelles technologiques.

***

Pour un compte-rendu de cette exposition, on se reportera à ce billet de blog.

(Billet mis à jour et révisé le 23 novembre 2012)
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Une réflexion sur “Une application mobile pour l’exposition Soulages XXIe siècle

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