Une soutenance, un travail, un doctorat

Le jury à l'issue de la délibération. Cliché : Thierry Faure David-Nillet

Le jury rend sa délibération.
Cliché : Thierry Faure David-Nillet

J’ai soutenu ma thèse de doctorat en histoire ce lundi 8 juillet 2013.

Mon sujet consistait à donner l’édition critique de la correspondance de Jacob Spon (1647-1685). J’ai rendu un travail inachevé, en raison du délais que m’imposait une dernière année d’inscription en doctorat… Le temps béni des thèses interminables est révolu.

J’ai débuté mon doctorat en octobre 2007 quasiment en autodidacte du point de vue de la méthodologie. A l’époque, je n’imaginais pas l’ampleur qu’allait prendre ce travail. Je suis parti fleur au fusil dans une édition critique qui prend des années. Au fur et à mesure des années, la correspondance s’est étendue. Mon corpus s’est élargi à 425 lettres que j’ai totalement retranscrit en format doc. ce qui représente environ une saisie de plus de 700 pages.

J’ai péché sur plusieurs points. J’aurais du envisager dès les premiers mois une saisie systématique sur un logiciel dédié à l’édition de correspondance de type ARCANE. A l’époque, je n’étais pas autant impliqué qu’aujourd’hui dans les outils numériques, d’autant plus que les digital humanities n’étaient pas aussi développées.

Sous la pression du temps qui coulait, j’ai entrepris, trop tardivement, la rédaction d’une introduction de 75 pages que j’ai achevé  en février 2013. J’ai mis trois mois à l’écrire, ce qui est un délai court, trop court. J’ai péché par un manque de relecture ce qui m’a été reproché, tout autant que l’exploitation approfondie du corpus. J’ai tout de même expliqué les conditions dans lesquelles je l’ai rédigé : une activité professionnelle accaparant mon temps, et l’impossibilité de pousser mon inscription en doctorat pour une 7e année. Sans ces contraintes, j’aurais pu rédiger une véritable étude fondée sur une analyse des données par le biais d’outils numériques. J’ai frustré le jury sur cette introduction car elle ne présentait que trop brièvement, en 77 pages, les thèmes, les enjeux, les informations de cette édition critique.

L’autre point reproché, justifié, est celui de mon trop grand respect du texte. Une édition critique n’est pas une édition philologique. Les choix d’édition doivent viser la clarté et la cohérence. Ma cohérence fut de ne pas avoir biffé le texte par l’ajout d’une ponctuation adéquate, la modification de certains mots en français contemporain (surtout sur l’accentuation)… Autant de défauts qui ont agacé deux membres du jury.

Enfin, on m’a reproché dans le corpus critique la surabondance de détails inutiles : j’ai trop précisé certains points, sans compter certaines formules maladroites dans la rédaction de notices.

Aucun reproche ne m’a été fait sur le fond de ma thèse que j’ai rédigé en introduction, ce qui me conforte sur le solidité scientifique de ma problématique et des réponses que j’ai apporté.

En dépit de ces faiblesses, le jury a souligné l’importance du travail rendu : 912 pages au total, en cinq années sur un sujet aussi vaste mérite le respect. Mon travail constitue ainsi une « oeuvre majeure » dans l’Histoire de la République des Lettres, et permet de mieux en comprendre son fonctionnement. J’ai ainsi matière à développer son étude dans la rédaction d’un ouvrage de fond adossé à une édition critique qui en soit vraiment une. Je pourrais donc, une fois l’oeuvre approfondie et les erreurs corrigées, soumettre ce corpus à édition aux éditions Honoré Champion. Je ne renonce pas non plus à donner une édition électronique en accès ouvert pour le bénéfice des chercheurs et des curieux.

Je suis donc docteur « très honorable ».  Comme je n’ai pas d’ambition dans l’enseignement universitaire en Histoire (j’enseigne et forme à l’Université sur une autre matière), j’espère mettre à profit ce doctorat dans d’autres projets, articulant Histoire et Nouvelles Technologies, pourquoi pas dans les Humanités numériques ?

Je donnerai d’autres articles sur les leçons de cette soutenance et le fonds de mon sujet.

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2 réflexions sur “Une soutenance, un travail, un doctorat

  1. Bonjour,
    Je viens de lire votre billet et je dois dire que celui-ci provoque de nombreux échos en moi. En effet, je suis moi-même doctorante en 2ème année de thèse en Sciences de la Communication et je réalise de plus en plus qu’une mise en mots « régulière » de son travail de terrain est chose capitale. Merci pour ce beau témoignage!
    Séverine

  2. Pingback: Tenir un carnet de recherche en doctorat : retours d’expérience | ENthèSe – Ressources pour la thèse

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