L’emprise grandissante du transhumanisme

J’ai assisté au mois de novembre à une keynote de Joël de Rosnay sur les jeux sérieux. La tournure du propos s’est rapidement muée en une revue des technologies transhumanistes. Je ne m’étais jamais vraiment intéressé au sujet, et je me suis donc documenté sur le sujet.

Le transhumanisme vise à augmenter les performances des individus par le recours aux technologies dites NBIC ( nanotechnologies, bio-ingénierie, informatique et cognitique). Il s’agit ni plus ni moins que de créer un Homme augmenté. Le stade ultime de l’ultra-libéralisme. Nous le sommes à vrai dire déjà. Nos ordinateurs, nos smartphones, nos tablettes nous connectent à des milliers de kilomètres de notre localisation. Je peux me balader en Corse ou au Brésil grâce à Google street wiew, je suis connecté à mes amis 24h/24 par les réseaux sociaux. Je sais ce qu’ils font en temps et en heure. Mon smartphone peut servir de télécommande, collecter mon poul ou servir de podomètre.

Car avant d’être un homme augmenté, nous sommes tous des utilisateurs. Nous sommes des données. Comme l’a dit Jean-Marie Salaün, les données personnelles sont la matière première du XXIe siècle. La collecte des données se fait par les objets connectés du quotidien : smartphones, tablettes, montres, frigos, voitures… Elles sont monétisables par les grandes firmes du web, et le profit vient du business model adopté, il est essentiellement publicitaire. Dès que je me connecte, Facebook peut tout savoir de moi en temps réel : le nombre de clics sur telle rubrique, le nombre de likes donnés à tel ou tel fan page déterminera le contenu de la publicité que ce service me fournira. Pour Facebook, Twitter, Pinterest, nous sommes des produits. Les données sont déjà le coeur de l’économie numérique, mais pour certaines firmes elles servent à aller plus loin que de faire du profit, à aller vers un transhumanisme.

C’est précisément ce que mettrait lentement mais surement en place Google. Au-delà de la « gouvernementalité algorithmique » <1> des grands service web et de l’hégémonie de Google sur le web, l’entreprise a acheté de nombreuses start-ups liées aux NBIC. Son but serait déjà de repousser la mort d’ici à 2035 de vingt ans. Mieux encore, et je l’ignorais, Ray Kurzweil, le fondateur de l’université transhumaniste dite de la singularité, proche de Larry Page, l’un des fondateurs de Google, vient d’être nommé ingénieur en chef du moteur de recherche. L’objectif de Google serait-il de transformer son moteur de recherche en intelligence artificielle ?  Pour quel profit ? Simplement la lutte contre la mort ?

En utilisant des services collectant nos données, nous participons déjà aux projets transhumanistes des firmes la Silicon Valley. Mais le débat n’est pas qu’au niveau de la collecte des datas, où l’utilisateur doit se réapproprier ses données, Le débat se place sur le plan de l’éthique et la question in fine est quel avenir nous voulons pour le web et pour l’humanité.

Le sujet peut s’avérer pompeux, comique ou vaniteux, élitiste, brref tarte à la crème mais nous n’avons peut-être pas pris en Europe la mesure des changements qu’induit le transhumanisme dans la Silicon Valley mais ils semblent profonds.

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<1> L’expression est d’Antoinette Rouvroy. « La gouvernementalité algorithmique se caractérise notamment par le double mouvement suivant : a) l’abandon de toute forme d’« échelle », d’« étalon », de hiérarchie, au profit d’une normativité immanente et évolutive en temps réel, dont émerge un « double statistique » du monde et qui semble faire table rase des anciennes hiérarchies dessinée par l’homme normal ou l’homme moyen ; b) l’évitement de toute confrontation avec les individus dont les occasions de subjectivation se trouvent raréfiées. »

La gouvernementalité algorithmique des services web ne vise par l’homme comme sujet, mais les comportements que nous avons avec nos appareils et nos applications. C’est une forme de pouvoir, insensible mais réelle.

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