Retour sur le ThatCamp Lyon

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Le laboratoire junior Nhumerisme de l’École normale supérieure de Lyon auquel j’appartiens, a organisé un ThatCamp à Lyon la semaine dernière du 14 au 17 octobre. Pour faire très bref, un ThatCamp est une « non-conférence » réunissant les utilisateurs et acteurs des humanités numériques. Des ateliers (sous forme de bar camp) sont proposés par les participants qui le désirent. Le nombre d’inscrits s’est monté à une centaine, mais le nombre de participants fut d’environ soixante-dix.

Le thème retenu pour ce ThatCamp fut la visualisation de données, thème à la mode, mais l’événement a largement dépassé ce cadre pour s’interroger avec Frédéric Clavert, sur le futur des ThatCamps francophones, ou encore sur la création d’une revue francophone sur les humanités numériques animé par Aurélien Berra. Nous nous sommes aussi interrogé sur la place des DH dans la cité et particulièrement sur les campus… Il y eut aussi des ateliers organisés par le Médialab de Sciences-Po Paris sur Gephi et d’autres outils encore développement mais prometteurs ; un atelier Python fut aussi proposé ; un autre sur la relation entre l’architecture de l’information et les dataviz par les étudiants Archinfo de l’ENS.

C’était le premier ThatCamp organisé à Lyon, et cela avait toute sa pertinence étant donné l’implication des labos locaux en SHS impliqués dans les humanités numériques… Les Lyonnais ont été bien servis, en particulier le LARHRA avec le pôle histoire numérique, qui a pu s’illustrer – entre autres – sur la géomatique et la modélisation des données lors d’ateliers.

Des notes collaboratives, sur des pads créés à cet effet, ont été prises lors de chaque atelier, si bien que nous avons pu constituer un bon corpus mis en forme lors de la dernière journée, le 17 octobre. La conférence « inaugurale » du mercredi 15 octobre a été faite par  Thierry Joliveau (ISTHME – Université de Saint-Etienne) sur les spatialités numériques a été filmée et est consultable en suivant ce lien https://srv-podcast.univ-lyon3.fr/videos/?video=MEDIA141020172619569 (L’iframe n’aime pas WordPress). J’ai aussi créé un Storify des tweets des participants.

Ce qui m’a frappé, au fil des discussions engagés au cours de ces ateliers, c’est à quel point les humanités numériques souffrent dans certains cas d’un manque de considération sinon de reconnaissance des organismes de tutelle ; la façon de tricher pour obtenir des financements, les a priori et les préjugés des gouvernances, l’absence de vision d’ensemble du numérique dans le cadre de la Recherche en sciences humaines et sociales…

Les événements de type ThatCamp est sont remis en question car ce modèle « bar camp » est en train de basculer dans un « entre-soi » constitué d’habitués sinon de chercheurs et d’ingénieurs fortement impliqués dans des projets estampillés digital humanities. Le défi des prochaines édition sera d’ouvrir le ThatCamp au-delà du public habituel, mais aussi de réfléchir à son contenu pour plus de cohérence : choisir (ou pas) entre manipulation et présentation des outils par exemple… Le questionnement des ThatCampers s’est aussi étendu à la notion même d’humanités numériques définies comme telles dans le manifeste lancé en 2010 lors du ThatCamp Paris. Ce document ne semble plus correspondre aux attentes du public en 2014. Un aggiornamento serait donc à l’ordre du jour par la rédaction d’une charte reprenant les bases du manifeste précédent.

Les humanités numériques françaises ne déméritent pas dans l’infinité des projets ayant cours actuellement, que ce soit dans la création d’outils comme Gephi, dans les initiatives d’encodage de textes patrimoniaux, ou la création de bases de données… Le ThatCamp a le mérite de réunir pour une courte période les acteurs portant ces projets, les faire discuter lors d’ateliers ou de rencontres plus informelles.

Les humanités numériques francophones doivent être mieux reconnues et défendues, mais elles doivent aussi assurer leur visibilité sur le plan national et transnational. L’association Humanistica créée il y a un an au ThatCamp Saint-Mâlo permettra sans doute d’accroître cette visibilité et de fédérer les acteurs de ce secteur dans une communauté de pratiques, qui demande plus que jamais à être reconnu. L’association a d’ailleurs profité du ThatCamp pour tenir son assemblée générale annuelle. Forte d’environ quatre-vingt membres des pays francophones, elle est appelée à grandir dans les mois et années à venir et à jouer son rôle d’interlocuteur incontournable pour les humanités numériques.

Le prochain ThatCamp francophone se tiendra à Paris au mois de juin 2015.

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