Université et pédagogie : partager les expériences

Enseignants dans un amphithéâtre de l’université des Antilles-Guyane, Cayenne, mars 2006.

Il est des lectures comme des gens qui modifient sensiblement votre vision de voir les choses, comme cette enseignante que j’ai rencontré récemment sur la pédagogie. On a trop tendance dans l’enseignement supérieur à vouloir évacuer cette question pourtant essentielle. Oui, on peut faire de la pédagogie purement universitaire. C’est une question d’adaptation au public étudiant qui n’est plus le même qu’il y a dix, vingt ou trente ans en terme, mais aussi aux enjeux intradisciplinaires et extradisciplinaires : meilleure acquisition d’une méthodologie de compétences et de savoirs, taux de réussite et d’insertion, réputation d’une formation, d’une faculté et même de l’établissement.

Mais tout dépend de la façon de transmettre des savoirs et des compétences. Comme enseignant, on peut préférer la façon toute française et scolastique d’enseigner avec un rapport vertical au savoir, de l’enseignant qui « délivre » un savoir, à l’enseignant qui prend note et doit assimiler le contenu du cours.Cette forme de magistère est bien adaptée en sciences humaines et sociales au recrutement des enseignants. Objectivement, qu’on soit en Histoire ou en Lettres, les enseignants sont tous passés peu ou prou par plusieurs étapes essentielles pour obtenir leur poste d’enseignant chercheur, au prix d’un dur labeur. A l’opposé, les nouvelles formes de pédagogie comme les classes inversées, où le rapport au savoir, co-construit, se nourrissant de relations horizontales est souvent mal vu par les enseignants chercheurs. Elles remettent en cause leur rôle traditionnel qui n’est  plus le garant et le passeur unique des savoirs. Il joue désormais le rôle de guide, de tuteur, celui qui va donner aux étudiants une méthode, des savoir-faire pour interpréter correctement ces connaissances disciplinaires. Cela peut passer par des ateliers, une scénarisation par plusieurs activités pédagogiques problematisées, des échanges plus importants entre l’enseignant et les étudiants. Bref, la nouveauté radicale c’est que l’étudiant est bien plus actif dans le processus d’acquisition des savoirs, et l’enseignant s’efface en « vieux sage » pour guider les étudiants dans les dédales. Cette nouvelle forme d’enseignement, et le rôle même d’animateur, découlent d’une révolution « techno-pédagogique » à mon sens inéluctable.

Cela a de quoi perturber nos enseignants en France, mais dans le monde anglo-saxon, ces nouvelles formes de cours sont en place depuis plusieurs décennies déjà. Dès lors, on comprend mieux le malaise de nombreux enseignants-chercheurs face à ces formes de pédagogie que quelques apologistes un peu trop zélés voudraient étendre partout.  Pourtant, le public étudiant change au fil des années. Les néo-inscrits dans l’enseignement supérieur sont souvent désarmés face au monde universitaire qu’ils découvrent. Ces étudiants et leur désir d’encadrement sont en totale inadéquation avec le monde académique qui exige de la rigueur et de l’autonomie. Les étudiants de Licence sont demandeurs de solutions rassurantes leur permettant de mieux assimiler les cours. La pédagogie est donc parfaitement légitime dans le milieu universitaire si elle permet aux étudiants de gagner en autonomie et en savoir-faire.

Il ne s’agit pas de reproduire la pédagogie du secondaire, mais bien de trouver une nouvelle façon d’enseigner en prenant en compte les changements de l’ère numérique : l’arrivée des digital natives et l’accès à une masse considérable de connaissances par le web. De là une question : comment valoriser la pédagogie à l’université ? Et comment l’apprendre puisqu’on a aucune formation ou presque pour les enseignants chercheurs ?

Hormis une valorisation liée aux questions de service et de rémunération  (primes, etc.), je souhaite concrétiser le projet d’un « séminaire » sur la pédagogie à la fois formateur et valorisant. Il ne s’agit pas de théorie, mais d’un échange, entre enseignants chercheurs autour du témoignage d’un des leurs. Font-il de la pédagogie et comment ? Avec des outils numériques ? Et la scénarisation, il y en a ?

Cette idée a germée à l’issue d’une rencontre avec une enseignante d’Anglais, celle que j’évoquais dans les premières lignes de ce billet. Sa vision de la pédagogie et de l’enseignement en général, à la fois généreux mais exigeant, insiste beaucoup sur les questions de pédagogie davantage prises en compte dans les universités anglo-saxonnes qu’elle a pu fréquenter dans sa carrière. Si la pédagogie est l’art de transmettre, elle doit aussi créer le cadre facilitant cette transmission. L’art réside bien dans ce délicat mélange entre transmission et condition d’échanges. Il n’y a pas de recettes toutes faites, chaque enseignant a la sienne.

Si nous pouvons créer, avec ce séminaire une communauté de pratiques autour de cette question, je considérerai mon devoir d’ingénieur pédagogique comme accompli. 🙂

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