Réseaux sociaux académiques : visibilité et partage

J’ai assisté à une conférence très intéressante de Mme Chérifa Boukacem-Zeghmouri de l’université Lyon 1 et de l’URFIST, sur les usages des réseaux sociaux académiques par les enseignants-chercheurs et les chercheurs. Les éléments présentés ne sont pas sans poser quelques pistes stimulantes de réflexions.

 Le premier de ces réseaux sociaux fut Mendeley, créé en Allemagne par deux chercheurs en 2008. L’une des innovations de Mendeley fut de proposer un travail par groupe sur la gestion de références bibliographiques. L’autre innovation fut de proposer une gestion dynamique des références et citations scientifiques. Depuis, Zotero est apparu et a pris une place prépondérante en France, dans les SHS avec des fonctionnalités analogues. Si Zotero reste gratuit quoique limité en capacité de stockage (PDF, images, etc.), Mendeley a été racheté par Elsevier en 2013, l’un des plus grands éditeurs de littérature scientifique mais propose 2Go de capacité de stockage. Parmi les réseaux sociaux les plus récents, on peut noter l’apparition de Kudos, qui mesure l’impact (numérique) autour de l’article téléchargé  en renseignant de nombreux paramètres. Il existe quelques 200 réseaux sociaux académiques dans le monde actuellement, des plus généralistes comme ResearchGate ou Academia, aux plus spécialisés comme Biomed experts. Si certains n’ont pas marché, comme Connotea, d’autres s’en tirent avec tous les honneurs. Academia réunit une communauté de 21 millions de chercheurs en 2015. ResearchGate, 6 millions.

Les réseaux sociaux académiques sont dans l’ensemble nés de frustrations de chercheurs dans leur quotidien : perte de temps sur la gestion des citations, cloisonnement en laboratoires et centres de recherche, multiplication des intermédiaires entre le chercheur et ses sources…. L’idée est de massifier un concept (bookmarking, mise en réseau de chercheurs) pour atteindre une masse critique en terme de visibilité et donc d’utilisateurs. Une fois l’objectif atteint l’objectif de ces starts-up est de s’imposer comme un intermédiaire entre les éditeurs scientifiques ou d’autres acteurs scientifiques en monétisant les contenus téléchargés par les utilisateurs. D’autres préfèrent gagner de l’argent en vendant leur entreprise à un éditeur ou à un autre acteur du secteur numérique.

Les réseaux sociaux académiques ne produisent pas de contenus mais les héberge et et en assurent la visibilité. Academia encourage ses utilisateurs à télécharger (et non déposer) ses documents et à les partager avec la communauté… La visibilité est devenu un enjeu majeur pour les chercheurs dans un contexte de recherche de plus en plus concurrentiel. Elle explique pour partie l’intérêt et l’utilisation grandissante des réseaux sociaux académiques.

Un autre aspect de cet attrait pour les réseaux sociaux académiques réside selon moi dans ce que j’appelle le décloisonnement des chercheurs. La course aux financements pour les projets de recherche implique un travail de plus en plus collaboratif et interdisciplinaire entre chercheurs (du moins en SHS d’après ce que je peux en voir). Les moyens de coordination, de collaboration et donc de communication offerts par ces outils numériques permettent désormais un travail commun partagé, synchrone ou asynchrone, présentiel ou distanciel.

Enfin, ces réseaux sociaux proposent une désintermédiation pour le chercheur. Les acteurs publics ou privés traditionnels de la recherche : bibliothèques, laboratoires et universités, dépôts d’archives publiques ou privées, éditeurs perdent leur rôle au profit des réseaux sociaux académiques qui offrent à la fois un sentiment d’appartenance à une communauté scientifique construite par l’utilisateur lui même, un accès direct à des ressources (articles voire archives) partagées, et une visibilité à l’échelle internationale que peuvent difficilement offrir les laboratoires, cela dépend de leur rayonnement et de la qualité de leurs membres.  L’enjeu de ces acteurs traditionnels sera à l’avenir de produire de la valeur ajoutée sur les services qu’ils proposent.

Les réseaux sociaux académiques offrent ainsi en effet trois leviers essentiels au chercheur : la visibilité, le partage et la dynamique communautaire. Les éditeurs sont les premiers touchés. Ils sont concurrencés sur la création et la diffusion de contenus, et n’ont plus le monopole de leur valorisation. Il est vrai que certains tarifs exorbitants pour publier dans une revue prestigieuse peuvent dissuader le jeune chercheur en quête de notoriété.

Il faut toutefois se méfier des réseaux sociaux académiques. La monétisation des contenus et des données, même si elle paraît plus limitée que sur les réseaux sociaux classiques, existe bel et bien puisque leurs créateurs étant bien souvent des chercheurs eux-même, le poids de la communauté peut les dissuader de commettre quelque acte indélicat. Il faut bien lire les conditions générales d’utilisation pour s’assurer que les contenus téléchargés ne soient pas la propriété de ces réseaux sociaux. Il existe d’autres moyens gratuits de partager des articles et documents en ligne, comme les dépôts d’archives ouvertes, tel HAL SHS en France.

A titre personnel, je possède plusieurs comptes sur les réseaux sociaux académiques : sur Academia, ResearchGate, Mendeley et Zotero. Je n’ai pas déposé d’articles sur ces réseaux, en revanche j’ai fait des liens pour ceux que l’on retrouve en ligne sur revues.org. Pour ce dernier, j’ai environ 1200 références bibliographiques déposées correspondant à ma thèse d’histoire. Zotero est devenu un outil de travail quotidien dans mes travaux de recherche et j’aurais du mal à m’en passer. L’info est immédiatement disponible et duplicable dans le format que j’ai choisi. Les réseaux sociaux académiques sont également devenus des outils de première importance pour qui en a saisi la signification, mais il ne faut pas en attendre trop. Seuls les plus assidus trouveront une réelle utilité en matière de visibilité et de partage.

Pour aller plus loin :

Aline Bouchard : Où en est-on des réseaux sociaux académiques ? (Mai 2015)

Aline Bouchard:  Pour une utilisation critique des réseaux sociaux académiques (Février 2014)

 

 

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