Le « Plan étudiants » dans le flou

Le « Plan étudiants »  presenté par le premier ministre Édouard Philippe, le ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer, et la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, Frédérique Vidal ne touche pas seulement les étudiants : il implique, une adaptation du rôle des enseignants du supérieur aux nouveaux dispositifs mis en place. Toutefois, les annonces comme l’avant projet de loi laissent énormément de zones floues quant aux moyens à mettre en oeuvre.

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Les MOOCs ont-ils vraiment fait « pschitt » ?

Photo de Montgolfière

Cliché : Amber Avalona, Pixabay, Licence CC0 1.0.

Il a fallu un article publié dans le quotidien Le Monde sur les MOOCs pour que le petit monde pédago-numérique s’anime sur les réseaux sociaux sur leur l’échec relatif. Il y a trois ans, j’avais été invité par l’université de Neuchâtel pour parler des MOOCs avec quelques personnalités suisses. J’y avais défendu les arguments que je tenais sur ce carnet quelques mois auparavant. Sur le fond, mon scepticisme vis-à-vis des MOOCs a été confirmé pour le cadre hexagonal. C’était appliquer des recettes anglo-saxonnes dans un pays qui dispose d’une culture académique et d’un rapport aux savoirs particulier. Le temps étant passé, les MOOCs ayant été expérimentés, on peut établir un bilan et se demander quel est l’avenir des cours libres ouverts et massifs en ligne dans le cadre universitaire hexagonal.

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Retour sur les JIPES 2017

Logo JIPES

Les 26 et 27 septembre 2017, la DGESIP du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche organisait à l’université Paris 5 sur le campus de Jussieu les Journées nationales de l’Innovation pédagogique dans l’Enseignement supérieur (JIPES)

Les JIPES portaient sur la personnalisation des parcours et des pratiques. J’y ai assisté. Ce billet a pour objet d’apporter une synthèse agrémentée de quelques réflexions personnelles. Elles n’engagent pas mon établissement. 

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Un learning lab pour l’université Lyon 3

L’université Jean Moulin Lyon 3 vient de se doter d’un nouvel outil propice aux nouvelles formes d’enseignement par le numérique. Le learning lab propose non seulement une palette d’outils numériques destinés à tous les usages pédagogiques, du modèle transmissif au modèle constructiviste ; mais il propose aussi une nouvelle définition de l’enseignement dans l’espace par un nouveau mobilier incitant à repenser l’espace de formation.

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Massification des formations et valeurs du E-Learning : 10e édition des Journées du E-Learning

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La massification des formations à distance pourrait laisser entendre qu’elles ne sont plus qu’un produit de consommation destiné à un public qui n’est aujourd’hui plus seulement composé d’étudiants. Pourtant, les MOOC, les SPOC, et consorts, sont en vérité une autre façon de faire du E-Learning. Une façon demandant un énorme investissement de tous les acteurs concernés : enseignants, ingénieurs pédagogiques, apprenants. Le E-Learning ne fait que s’adapter d’un coté à une industrialisation des procédés de transmission de connaissances, et de l’autre à une demande croissante d’acquisition quasi encyclopédique de savoirs et de compétences de la part de publics hétérogènes (salariés, étudiants, retraités…)

Les défis posés au E-Learning sont énormes. Il faut prendre en compte dans la scénarisation des dispositifs de formation les mutations d’une société de plus en plus connectée où les savoirs sont désormais numérisés donc accessibles au plus grand nombre. Pour les apprenants, il faut éviter l’écueil d’un trop grand didactisme des formations pour rendre les apprenants autonomes, favoriser le travail collaboratif en renforçant les interactions entre apprenants et enseignants.  C’est un véritable « digital labor » qui est demandé ici, qui n’est pas forcément une forme d’exploitation, mais plutôt d’émancipation par l’acquisition et la validation de compétences.

Ces dispositifs ne se mettent en place qu’au prix d’un travail d’accompagnement et de scénarisation des enseignants, où l’ingénieur pédagogique devient le pivot du dialogue entre les acteurs concernés, mais aussi la cheville ouvrière de ces formations :  soupeser les besoins, organiser et mettre en ligne les ressources, créer des outils d’évaluation des connaissances.

Face à ces constantes, existe-t-il des valeurs partagées sur le E-Learning à prendre en compte lors de la scénarisation ? Cette question sera le thème central de la prochaine édition des Journées du E-Learning qui aura lieu à Lyon les 18 et 19 juin 2015 à l’université Lyon 3. 

Ces valeurs peuvent être envisagées sous l’angle de la liberté et de l’égalité : liberté pour l’apprenant d’acquérir des compétences et des connaissances de manière autonome ; égalité pour chacun d’accéder aux savoirs par le biais de dispositifs de formation en ligne.

Les Journées du E-Learning traiteront de ces thèmes. Programme et inscription sont disponibles en ligne sur le site du colloque http://jel.univ-lyon3.fr .

 


 

J’assurerai comme chaque année l’animation numérique de cette manifestation.

Université et pédagogie : partager les expériences

Enseignants dans un amphithéâtre de l’université des Antilles-Guyane, Cayenne, mars 2006.

Il est des lectures comme des gens qui modifient sensiblement votre vision de voir les choses, comme cette enseignante que j’ai rencontré récemment sur la pédagogie. On a trop tendance dans l’enseignement supérieur à vouloir évacuer cette question pourtant essentielle. Oui, on peut faire de la pédagogie purement universitaire. C’est une question d’adaptation au public étudiant qui n’est plus le même qu’il y a dix, vingt ou trente ans en terme, mais aussi aux enjeux intradisciplinaires et extradisciplinaires : meilleure acquisition d’une méthodologie de compétences et de savoirs, taux de réussite et d’insertion, réputation d’une formation, d’une faculté et même de l’établissement.

Mais tout dépend de la façon de transmettre des savoirs et des compétences. Comme enseignant, on peut préférer la façon toute française et scolastique d’enseigner avec un rapport vertical au savoir, de l’enseignant qui « délivre » un savoir, à l’enseignant qui prend note et doit assimiler le contenu du cours.Cette forme de magistère est bien adaptée en sciences humaines et sociales au recrutement des enseignants. Objectivement, qu’on soit en Histoire ou en Lettres, les enseignants sont tous passés peu ou prou par plusieurs étapes essentielles pour obtenir leur poste d’enseignant chercheur, au prix d’un dur labeur. A l’opposé, les nouvelles formes de pédagogie comme les classes inversées, où le rapport au savoir, co-construit, se nourrissant de relations horizontales est souvent mal vu par les enseignants chercheurs. Elles remettent en cause leur rôle traditionnel qui n’est  plus le garant et le passeur unique des savoirs. Il joue désormais le rôle de guide, de tuteur, celui qui va donner aux étudiants une méthode, des savoir-faire pour interpréter correctement ces connaissances disciplinaires. Cela peut passer par des ateliers, une scénarisation par plusieurs activités pédagogiques problematisées, des échanges plus importants entre l’enseignant et les étudiants. Bref, la nouveauté radicale c’est que l’étudiant est bien plus actif dans le processus d’acquisition des savoirs, et l’enseignant s’efface en « vieux sage » pour guider les étudiants dans les dédales. Cette nouvelle forme d’enseignement, et le rôle même d’animateur, découlent d’une révolution « techno-pédagogique » à mon sens inéluctable.

Cela a de quoi perturber nos enseignants en France, mais dans le monde anglo-saxon, ces nouvelles formes de cours sont en place depuis plusieurs décennies déjà. Dès lors, on comprend mieux le malaise de nombreux enseignants-chercheurs face à ces formes de pédagogie que quelques apologistes un peu trop zélés voudraient étendre partout.  Pourtant, le public étudiant change au fil des années. Les néo-inscrits dans l’enseignement supérieur sont souvent désarmés face au monde universitaire qu’ils découvrent. Ces étudiants et leur désir d’encadrement sont en totale inadéquation avec le monde académique qui exige de la rigueur et de l’autonomie. Les étudiants de Licence sont demandeurs de solutions rassurantes leur permettant de mieux assimiler les cours. La pédagogie est donc parfaitement légitime dans le milieu universitaire si elle permet aux étudiants de gagner en autonomie et en savoir-faire.

Il ne s’agit pas de reproduire la pédagogie du secondaire, mais bien de trouver une nouvelle façon d’enseigner en prenant en compte les changements de l’ère numérique : l’arrivée des digital natives et l’accès à une masse considérable de connaissances par le web. De là une question : comment valoriser la pédagogie à l’université ? Et comment l’apprendre puisqu’on a aucune formation ou presque pour les enseignants chercheurs ?

Hormis une valorisation liée aux questions de service et de rémunération  (primes, etc.), je souhaite concrétiser le projet d’un « séminaire » sur la pédagogie à la fois formateur et valorisant. Il ne s’agit pas de théorie, mais d’un échange, entre enseignants chercheurs autour du témoignage d’un des leurs. Font-il de la pédagogie et comment ? Avec des outils numériques ? Et la scénarisation, il y en a ?

Cette idée a germée à l’issue d’une rencontre avec une enseignante d’Anglais, celle que j’évoquais dans les premières lignes de ce billet. Sa vision de la pédagogie et de l’enseignement en général, à la fois généreux mais exigeant, insiste beaucoup sur les questions de pédagogie davantage prises en compte dans les universités anglo-saxonnes qu’elle a pu fréquenter dans sa carrière. Si la pédagogie est l’art de transmettre, elle doit aussi créer le cadre facilitant cette transmission. L’art réside bien dans ce délicat mélange entre transmission et condition d’échanges. Il n’y a pas de recettes toutes faites, chaque enseignant a la sienne.

Si nous pouvons créer, avec ce séminaire une communauté de pratiques autour de cette question, je considérerai mon devoir d’ingénieur pédagogique comme accompli. 🙂