Créer, rédiger et valoriser un carnet de recherche

La semaine dernière, j’ai été invité par l’association ENThese à discuter des carnets de recherche. Je n’étais pas le seul à m’exprimer sur le sujet, et je ne crois pas avoir dit tout ce que j’avais listé.

La discussion a eu le mérite d’aborder en deux heures à peu près tous les aspects que les organisateurs souhaitaient aborder. On a pu aussi voir la diversité des pratiques d’écriture comme des objectifs affichés par les carnetiers. Voici quelques remarques que je n’ai évoqué qu’imparfaitement lors de cette rencontre.

Historique des carnets

La création de Miscellanées numériques remonte à 2011, lorsque doctorant et ingénieur en technologies de la formation, j’avais voulu croiser mes pratiques et réflexions dans un seul carnet. Je n’avais ni le temps ni l’envie de créer un blog hypothèses où il aurait fallu justifier en détails d’un projet de carnet. Je tenais aussi au coté informel du blog, que j’avais délibérément souhaité assez peu « scientifique » et aborder des questions pratiques. A la fin de l’année 2013, la soutenance de thèse étant passée, je me suis aperçu que l’aspect jeune chercheur en histoire avait été supplanté par des articles sur les TICE et les humanités numériques.

J’ai alors créé au mois de janvier 2014 un carnet hypotheses Antiquarisme spécialement dédié aux problématiques liées à mon sujet de recherche en Histoire que j’alimente très inégalement, mais dont j’ai bon espoir qu’il s’étoffe d’articles de fond.

Des stratégies différentes

Le fait d’avoir deux carnets m’a conduit à adopter deux stratégies différentes. Si les Miscellanées s’intéressant au numérique ont un objectif à la fois réflexif, pratique et publicitaire (je ne m’en cache pas), Antiquarisme est un carnet lié aux conclusions de ma thèse et ne vise pas spécialement à être publicisé. Il me permet de formaliser quelques thèmes qui me serviront dans le cadre de publications prochaines. Ce cloisonnement en deux carnets a été fait à dessein car à force de diluer les sujets sans trop de cohérence thématique, comme je le fis sur les Miscellanées, on en vient à produire un gloubi boulga indigeste pour le lecteur et pour soi.

Il faut donc réfléchir en amont à la ligne éditoriale qu’on souhaite suivre. Il existe de nombreux carnets aux contenus différents. En dresser une typologie serait fastidieuse, mais si je devais citer un carnet que j’aime, ce serait celui de Caroline Müller Acquis de conscience, qui s’approche véritablement d’un journal de thèse (sur la direction spirituelle au XIXe siècle) où alternent des articles sur ses lectures, ses questionnements, le contenu de ses sources.

La différenciation des carnets que je tiens est aussi liée à mes deux casquettes d’ingénieur pédago et de chercheur ; mais la frontière entre les deux n’est pas hermétique et je ne m’interdis pas de faire dialoguer ces deux espaces d’expression.

Écriture et réécriture

Écrire pour le web n’est pas le même exercice que rédiger un article scientifique. J’avais écrit un billet sur ce sujet il y a deux ans. Les attendus et les objectifs sont différents. Le style d’écriture peut s’en éloigner. Le carnet permet néanmoins de se libérer des contraintes académiques de rédaction.

J’ai opté pour deux styles d’écriture différents. Sur les Miscellanées numériques, je rédige un article en une ou deux heures avec un style peu travaillé. Sur le carnet Antiquarisme, je mets de un à trois jours pour élaborer par touches successives un article. Je m’efforce toutefois de ne pas trop développer mes démonstrations car je pense qu’un carnet n’est pas forcément le support adéquat pour aux textes longs. J’essaie aussi de ne pas trop jargoniser et de bien définir les concepts employé par souci d’être mieux compris.

Pour éviter les pièges de la longueur, on peut évidemment « sérialiser » un sujet en plusieurs articles que l’on postera à intervalles réguliers, ce qui a l’avantage de fidéliser un lectorat et d’aborder tout le champ réflexif envisagé. L’hypertextualité et les notes infrapaginales, toujours possibles, assurent de surcroît un enrichissement digressif aux articles. Le texte numérique est donc ce rhizome possiblement interconnectable à l’infinité du méta-réseau que constitue le web.

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Écrire un article, ne signifie pas s’amender totalement d’une cohérence discursive. Cela vaut aussi pour l’ergonomie du carnet. La mise en page se doit d’être aérée dans sa présentation et comme dans son ontologie pour ne pas perdre le lecteur dans une surabondance d’informations.

La relecture est très minutieuse sur Antiquarisme du fait des sources bibliographiques et documentaires mobilisées. On ne peut se permettre un contresens ou une erreur involontaire qui démolirait le raisonnement qu’on déroule. Elle est plus sommaire sur Miscellanées numériques, puisque la rédaction d’article y requiert moins de précision conceptuelle.

L’un des avantages d’un texte numérique réside dans sa réinscriptibilité. Rien n’oblige à laisser le texte tel quel si on s’aperçoit un, deux ou trois mois après d’une erreur, d’une faute de frappe, d’une précision à apporter…

Écrire pour soi ?

Sur ces deux carnets, l’idée de départ est d’abord de coucher, per se, en quelques lignes une idée, une réflexion, une lecture qu’on souhaite mettre en forme et qui servira de point de départ à de nouveaux travaux. Les participants de la réunion d’ENThese se sont d’ailleurs rejoints sur ce thème. On écrit un carnet en rapport à soi. Mais écrire sur un support web n’est pas écrire dans la confidentialité et en privé. Tout contenu publié sur le web est indexé, référencée et sujet à la critique extérieure.

Visibilité, e-reputation et responsabilité éditoriale

L’une des règles du chercheur est de rendre publiques les conclusions de ses travaux. En ce sens, le carnet est un bon medium entre le public et le chercheur.

L’intégration du numérique dans tous les secteurs des sociétés humaines implique une présence, même a minima du chercheur sur le web. Aujourd’hui, la Toile est devenu le premier medium d’information y compris pour les acteurs de l’enseignement supérieur. La visibilité du chercheur se trouve donc accrue et valorisée par le contenu numérique que l’on rend disponible. La tenue d’un carnet permet donc à son rédacteur de soigner qualitativement sa e-reputation. Comme pour toute ressource web, l’ontologie et les meta-données s’avèrent essentielles dans le référencement d’un carnet. Il convient donc de catégoriser et de taguer précisément ses articles comme son carnet.  Si on respecte ces règles de base, les carnets sont bien référencés par les moteurs de recherche. La rubrique « statistiques » des carnets Hypothèses permet d’ailleurs de voir que bien souvent le nombre de robots de moteurs de recherche est plus important que le nombre  visiteurs « humains » !

Il ne faut pas non plus attendre beaucoup de commentaires en bas de ses articles, à moins d’animer un carnet sur un sujet d’études sociétal ou d’actualité qui peut générer du trafic. Cela est lié à la forme même de l’outil blog, issu du web 1.5, où l’information se diffuse selon un modèle arborescent. Le format blog est mal taillé pour des échanges horizontaux, communautaires et réactifs comme le permet aujourd’hui les outils web 2.0 . Devant ce constat, ou motivés par un refus de remarques extérieures, certains carnetiers ont même supprimé les commentaires.

Si on souhaite vulgariser un thème de recherche, la publicisation du carnet s’avérera essentielle et devra dépasser la simple rédaction de contenu pour une médiatisation qui trouvera sa force dans la multicanalité du web. Rien n’empêche de dynamiser les contenus par des graphiques, vidéos, animations.

La médiatisation des contenus passe aussi par l’utilisation des réseaux sociaux. On joue ici sur la logique réticulaire des réseaux et une approche affinitaire. Bien entendu, l’approche des réseaux sociaux doit aussi être raisonnée, il faut opérer des choix parmi l’infinité des services à disposition et utiliser deux ou trois réseaux sociaux les plus à même de valoriser son carnet. Academia et ResearchGate regroupent de nombreux universitaires et permettent de valoriser son carnet mais aussi son CV par un référencement adéquat. Linkedin est un réseau social professionnel plutôt orienté vers le business mais permet de transformer son profil en un portfolio rudimentaire assez intéressant. A titre personnel, le simple fait d’avoir indiqué mon sujet de recherche et la liste de mes articles scientifiques sur Academia m’a permis de prendre contact avec des pontes de ma discipline et d’accroître ma visibilité. Twitter constitue aussi un bon moyen de diffusion en annonçant la parution de ses articles et de toucher éventuellement un public assez large. C’est d’ailleurs mon réseau social préféré pour une activité de diffusion de l’information ainsi que de veille scientifique et professionnelle.

Attention toutefois aux contenus publiés. En tant que responsable éditorial du carnet, l’on est responsable aux yeux de la loi française du contenu publié, y compris de tiers auxquels on donne un droit d’écriture (Code de la Propriété intellectuelle, Loi sur la presse de 1881, loi informatique et liberté de 1978). Publier incombe des devoirs (pas de diffamation, pas d’utilisation de données personnelles d’acteurs vivants sans son autorisation), mais le contenu est protégé par la loi, en particulier par le code de la propriété intellectuelle en tant qu’œuvre originale. Toute reproduction sans le consentement de l’auteur est assimilé à de la contrefaçon, à moins que le carnet soit soumis à une licence Creative commons où à une autre forme d’autorisation.

Valorisation du carnet

Pour conclure cet article, je m’interroge toujours sur la valorisation pratique du carnet de recherche. Le numérique induit de nouvelles pratiques toujours en avance sur leur acceptation par les milieux académiques. Quelle crédit scientifique accorde-t-on aujourd’hui aux carnets dans les milieux académiques ? Quel est son poids dans le CV comme dans le cursus du doctorant et du chercheur ? Sur le plan rédactionnel, doit-on l’inclure comme référence bibliographique ou doit-on créer une webographie indépendante de la bibliographie où ses articles seraient des items à part entière ?

Il est néanmoins incontestable que les carnets créent de la valeur parce qu’ils produisent un contenu certes assez hétérogène, mais révélateur de la formidable richesse du monde académique. Sur le plan personnel, il s’agit d’une expérience d’écriture enrichissante et l’idée de partage de connaissances qu’elle implique.

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Les conséquences d’un plagiat (suite)

Je décrivais dans l’article précédent, mon intervention comme « expert technique » lors d’un conseil disciplinaire portant sur une thèse de droit plagiée. Elle aura vraisemblablement des conséquences lourdes pour le thésard. La cellule juridique m’a recontacté pour vérifier en détail les sources plagiées. Nous avons donc effectué un patient travail de vérification de ces sources, et à l’issue de plusieurs heures de lecture à l’aide de Compilatio, il n’y a aucun doute possible pour constater un pillage systématique d’articles et de textes législatifs.

De larges extraits de cette courte thèse sont en fait des commentaires de traités commerciaux bilatéraux ou de traité juridiques d’organismes internationaux comme l’Organisation des Nations Unies ou l’Union européenne. Le plagiaire a repris des pages entières de ces textes sans les mettre entre guillemets, et lorsqu’ils étaient référencés en note infrapaginale, cela reste d’un flou total. Aucune page n’est citée, seulement le texte par exemple. La citation correcte des sources est pourtant l’un des premiers points de méthodologie pour les étudiants en Sciences humaines et sociales comme en Droit.

Le docteur en question étant étranger mais ayant effectué sa thèse en France, je m’interroge sur la méthodologie qu’on lui a inculqué dans son pays d’origine, francophone et académiquement proche du système universitaire français. La répétition de ce procédé de « sous-citation » m’incite à penser que l’auteur a un manque de culture scientifique manifeste sur la rédaction de textes. Lorsqu’il s’agit d’un article, ces lacunes peuvent à la rigueur passer. Or, il s’agit ici d’une thèse, et donc d’un travail de réflexion demandant rigueur, précision et clarté, et surtout, d’honnêteté intellectuelle. A moins qu’il ne s’agisse ici de paresse…

Nous savons que les étudiants étrangers, asiatiques surtout, ont souvent une difficulté d’adaptation lorsqu’il s’agit de produire mémoires et devoirs dans le cadre de leur formation en France. Il y a quelques années, un enseignant me racontait combien il avait eu du mal à demander à ses étudiants Chinois de produire un travail qui ne soit pas qu’un copier-coller de ressources web d’autant plus détectables que le niveau de français de ces mêmes étudiants était passable et s’en ressentait dans leurs copies. La perception du plagiat est différente selon les cultures, parce que les procédés d’analyse intellectuelle sont différents. En Occident, notre école de pensée greco-romaine se base sur l’élaboration d’un travail original reposant (bien souvent) sur des hypothèses déductives (système hypothético- déductif). En Chine, l’effort intellectuel ne se base pas tant sur l’élaboration conceptuelle que sur la description analytique inductive.‹1› Quelle naïveté a eu cet étudiant de croire que ces remplois de phrases, de paragraphes, de pages passeraient inaperçus par les outils numériques en notre possession ?

D’autres passages de cette thèse sont bien plus incriminants, même si moins nombreux : le pillage systématique de sites web (blogs,  sites d’organismes nationaux, etc.) aux contenus juridiques et géopolitiques. A la différence des textes d’organismes internationaux, nous pouvons ici clairement identifier les auteurs. Il y a là des cas manifestes de plagiat.

Les suites à donner à cette affaire ne font guère de doute. le plagiaire devrait être destitué de son titre si la procédure va a son terme. C’est à la commission disciplinaire de donner son avis du ce cas de plagiat. Je serais sans doute rappelé pour un complément d’instruction et une démonstration du logiciel Compilatio. A mes yeux, le fond de la thèse est sujet à caution tant les passages plagiés sont longs.

Je m’interroge aussi sur la responsabilité du directeur de thèse et du jury. Lorsqu’il y a un doute il conviendrait de les dissiper par un recours aux moyens anti-plagiat disponibles. Or cette thèse de doctorat a été soutenue il y a plus de deux ans et personne n’avait « tiqué » parmi l’aréopage de juristes sur les larges extraits de textes internationaux connus dans ce milieu ! Cette indulgence porte atteinte au crédit du jury mais aussi à l’établissement lui même.

Enfin, cette thèse porte aussi un coup à la politique de recherche de notre établissement. Toute thèse de doctorat devrait faire l’objet d’une analyse anti-plagiat. Les abus passés à Lyon comme ailleurs devraient pourtant servir d’avertissements, assez éloquents, sur un fléau désormais bien connu. Le plagiat est une fraude intellectuelle et le miroir de ses pratiques les plus mesquines.

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‹1› Cette réflexion est personnelle et discutable, mais les différences culturelles sont en effet essentielles pour comprendre comment on arrive à ces cas extrêmes de plagiat chez les étudiants étrangers.

Les conséquences d’un plagiat

J’ai été récemment convoqué comme « expert technique » au conseil disciplinaire de mon université pour détailler le fonctionnement de l’outil anti-plagiat de l’établissement. C’est la première fois que je suis confronté aux conséquences directes du plagiat.

La thèse de doctorat soupçonnée fut soumise à l’analyse de Compilatio qui décela un taux assez élevé de reprise. Dans les faits, on avait affaire à deux cas de figure :

– la paraphrase, reprendre un texte et en changer des termes,

– la reprise du texte de sites web.

Comme j’ai affiné le taux de plagiat et décortiqué le rapport d’analyse, j’ai été sollicité par le service juridique pour expliquer le fonctionnement de l’outil.

L’enjeu est important pour le docteur incriminé, et pour l’université. D’après ce que j’ai entendu, le plagiaire a minoré dans sa défense l’efficacité de Compilatio. Les résultats étaient pourtant sans équivoque, de nombreuses sources sur le web ont clairement et simplement été reprises et détectées par Compilatio.

Le doctorant a sans doute fait preuve de naïveté envers son jury, le public susceptible de le lire et sur les outils de détection mis en oeuvre. Je suis toute de même peiné de voir un jeune docteur aux ailes brûlées. Cette affaire entache sa réputation et la suite de sa carrière.

En France, le Code de la Propriété Intellectuelle prévoit jusqu’à 300 000 euro d’amende et 3 ans d’emprisonnement pour délit de contrefaçon. Le droit d’auteur

On aurait tort de sous-estimer le plagiat dans la recherche. Michelle Bergadaà et Jean-Noël Darde ont clairement montré l’étendue du problème, et les enjeux  que cela comportait pour les carrières des plagiaires, la réputation des universités et des laboratoires, et le préjudice porté aux plagiés.

J’ai constaté que dans de nombreux cas de plagiat que nous traitions, l’enseignant avait le pressentiment d’avoir lu des passages quelque part, sur des sites web ou dans des ouvrages. Le plagiat est détecté dans de nombreux cas, en amont, c’est-à-dire dès la lecture du texte (devoir, mémoire, thèse). L’outil anti-plagiat ne fait que confirmer des soupçons et quantifie la part de contrefaçon par une analyse détaillée.

Comment lutter contre le plagiat ? Cela passe par la sensibilisation et la formation aux formes de contrefaçon intellectuelle et comment le Droit le sanctionne, mais aussi par la dissuasion : informer les publics d’outils de détection.

Nous aborderons la question du plagiat le 30 mai lors de la prochaine matinée du e-learning à Vet-Agro Sup Lyon sur le site de Marcy l’Etoile. La matinée sera l’occasion d’insister sur les aspects juridiques du plagiat, et leur utilisation dans un cadre pédagogique. La manifestation est gratuite et ouverte aux enseignants comme aux doctorants.

Inscription et programme : http://suel.univ-lyon3.fr/matinees-du-elearning

theses.fr : moteur de recherche des thèses françaises

Le site theses.fr est une mine d’informations pour l’internaute désireux de trouver une thèse en préparation ou soutenue parmi les 65 000 thèses recensées depuis 2001.

Ce site est le successeur du Fichier Central des Thèses de l’Université Paris X Nanterre qui recensait depuis 1968 les thèses en Lettres et Sciences humaines et sociales en cours de préparation dans les établissement d’Enseignement supérieur français. Il est désormais administré par l’ABES (Agence bibliographique de l’enseignement supérieur), qui gère également les catalogues SUDOC et CALAMES.

Plus qu’un simple fichier, il s’agit d’un véritable moteur de recherche destinée à valoriser la recherche française, faciliter la recherche et l’accès aux thèses.

Le site recense les thèses en cours, le nom des thésards, le nom du sujet et la date de commencement, éventuellement la date de soutenance. Il inventorie 6000 thèses soutenues depuis 2006 et leur texte intégral pour 5000 d’entre elles.

En cours de développement, l’interface de theses.fr permettra l’accès au texte intégral de toutes les thèses soutenues, mais aussi de permettre un moissonnage des metadonnées pour des applications tierces, bibliométriques,etc.

Si on s’amuse à une recherche par nom de directeur de thèse, le catalogue nous indique le nombre de thésards suivis entre 2001 et 2011. Les chiffres ne reflètent pas nécessairement la réalité. les thésards de 2001 ont souvent jeté l’éponge et ne sont plus inscrits dans un établissement d’enseignement supérieur en 2011. Toutefois, ils subsistent sur la base puis les Ecoles Doctorales ne font qu’inscrire des noms, et n’en enlèvent aucunes. J’ai ainsi trouvé un ami qui a débuté sa thèse en 2003 mais qui l’a arrêté depuis.

Le palmarès qui suit, établi d’après theses.fr vous donne la liste des 10 enseignants en Droit, Lettres et Sciences Humaines, ayant le plus de doctorants à encadrer.

1- François-Paul Blanc : 154 thèsards en Droit public (Université de Perpignan)

2 – Michel Sicard : 106 thésards en Lettres (Université Paris 1)

3- Michel Maffesoli : 104 thésards en Sociologie (Université Paris 5)

4- Michel Bouvier : 99 thésards en Droit public (Université Paris 1)

5- Philippe Delebecque : 97 thésards en Droit des affaires (Université Paris 1)

6- Bernard Castagnède : 94 thésards en Droit fiscal  (Université Paris 1)

7- Dominique Folscheid : 81 thésards en Philosophie (Université Paris Est)

8- Phiippe Dagen : 73 thésards  en Histoire de l’art (Université Paris 1)

8-  Jean-Marie Peretti : 73 thésards en Ressources humaines  (Université de Corte)

9-  Georges Molinié : 72 thésards en Philosophie et Philologie (Université Paris 4) président de l’Université Paris 4 Sorbonne

10- Julia Kristeva 71 thésards en Philosophie et Psychanalyse (Université Paris 7)

On note une sur-représentation de l’université de Paris 1 par rapport à ses consoeurs parisiennes et provinciales. On constate que quelques enseignants médiatisés, Julia Kristeva, Michel Maffesoli dirigent respectivement 104 et 71 doctorants. On ne sait si c’est  la réputation scientifique de M. Maffesoli ou de Mme Kristeva ont incité les étudiants à venir frapper à leur porte, ou la soufre qui entoure le premier, et la respectabilité qui caractérise la seconde.

On peut s’interroger sur la pertinence pour un enseignant d’accepter de suivre 154 thésards dans leurs recherches. Ces chiffres interpellent dans la mesure où beaucoup d’enseignants-chercheurs bénéficient d’une prime d’encadrement doctoral. La légèreté de l’encadrement ne serait-elle pas aussi l’effet d’une baisse des moyens ?

Le directeur de thèse doit se signaler par une écoute et une disponibilité à l’égard de son doctorant. Or, selon plusieurs enseignants, au-delà d’une dizaine, leur rôle de conseil n’est plus tenable face aux tâches administratives, aux heures d’enseignement à donner, aux interventions à préparer, aux colloques à organiser…