Les MOOCs ont-ils vraiment fait « pschitt » ?

Photo de Montgolfière

Cliché : Amber Avalona, Pixabay, Licence CC0 1.0.

Il a fallu un article publié dans le quotidien Le Monde sur les MOOCs pour que le petit monde pédago-numérique s’anime sur les réseaux sociaux sur leur l’échec relatif. Il y a trois ans, j’avais été invité par l’université de Neuchâtel pour parler des MOOCs avec quelques personnalités suisses. J’y avais défendu les arguments que je tenais sur ce carnet quelques mois auparavant. Sur le fond, mon scepticisme vis-à-vis des MOOCs a été confirmé pour le cadre hexagonal. C’était appliquer des recettes anglo-saxonnes dans un pays qui dispose d’une culture académique et d’un rapport aux savoirs particulier. Le temps étant passé, les MOOCs ayant été expérimentés, on peut établir un bilan et se demander quel est l’avenir des cours libres ouverts et massifs en ligne dans le cadre universitaire hexagonal.

Lire la suite

Publicités

Un learning lab pour l’université Lyon 3

L’université Jean Moulin Lyon 3 vient de se doter d’un nouvel outil propice aux nouvelles formes d’enseignement par le numérique. Le learning lab propose non seulement une palette d’outils numériques destinés à tous les usages pédagogiques, du modèle transmissif au modèle constructiviste ; mais il propose aussi une nouvelle définition de l’enseignement dans l’espace par un nouveau mobilier incitant à repenser l’espace de formation.

Lire la suite

Massification des formations et valeurs du E-Learning : 10e édition des Journées du E-Learning

bandeau-web

La massification des formations à distance pourrait laisser entendre qu’elles ne sont plus qu’un produit de consommation destiné à un public qui n’est aujourd’hui plus seulement composé d’étudiants. Pourtant, les MOOC, les SPOC, et consorts, sont en vérité une autre façon de faire du E-Learning. Une façon demandant un énorme investissement de tous les acteurs concernés : enseignants, ingénieurs pédagogiques, apprenants. Le E-Learning ne fait que s’adapter d’un coté à une industrialisation des procédés de transmission de connaissances, et de l’autre à une demande croissante d’acquisition quasi encyclopédique de savoirs et de compétences de la part de publics hétérogènes (salariés, étudiants, retraités…)

Les défis posés au E-Learning sont énormes. Il faut prendre en compte dans la scénarisation des dispositifs de formation les mutations d’une société de plus en plus connectée où les savoirs sont désormais numérisés donc accessibles au plus grand nombre. Pour les apprenants, il faut éviter l’écueil d’un trop grand didactisme des formations pour rendre les apprenants autonomes, favoriser le travail collaboratif en renforçant les interactions entre apprenants et enseignants.  C’est un véritable « digital labor » qui est demandé ici, qui n’est pas forcément une forme d’exploitation, mais plutôt d’émancipation par l’acquisition et la validation de compétences.

Ces dispositifs ne se mettent en place qu’au prix d’un travail d’accompagnement et de scénarisation des enseignants, où l’ingénieur pédagogique devient le pivot du dialogue entre les acteurs concernés, mais aussi la cheville ouvrière de ces formations :  soupeser les besoins, organiser et mettre en ligne les ressources, créer des outils d’évaluation des connaissances.

Face à ces constantes, existe-t-il des valeurs partagées sur le E-Learning à prendre en compte lors de la scénarisation ? Cette question sera le thème central de la prochaine édition des Journées du E-Learning qui aura lieu à Lyon les 18 et 19 juin 2015 à l’université Lyon 3. 

Ces valeurs peuvent être envisagées sous l’angle de la liberté et de l’égalité : liberté pour l’apprenant d’acquérir des compétences et des connaissances de manière autonome ; égalité pour chacun d’accéder aux savoirs par le biais de dispositifs de formation en ligne.

Les Journées du E-Learning traiteront de ces thèmes. Programme et inscription sont disponibles en ligne sur le site du colloque http://jel.univ-lyon3.fr .

 


 

J’assurerai comme chaque année l’animation numérique de cette manifestation.

Les Journées du E-Learning les 26 et 27 juin 2014 : la qualité au profit de l’apprentissage

img_mailing

Comme chaque année, j’assure la fonction de gestionnaire de communauté sur le Web pour l’événement organisé par mon service : les Journées du E-Learning. En dépit d’un thème, le E-Learning qui pourrait apparaître peu porteur, les Journées du E-Learning restent le principal événement de l’université Lyon 3 par sa fréquentation, de 400 à 500 personnes par an, sur deux jours.

Cette année, le thème abordé est celui de la « qualité au profit de l’apprentissage » et plus précisément de l’approche itérative symbolisée par la roue de William Deming « Plan Do Check Act »  : toute action doit être soumise à une évaluation qui conditionnera à nouveau une action.

L’enjeu de cette approche dans le domaine techno-pédagogique est de développer la qualité de l’apprentissage à l’aide du numérique.

Le programme et les inscriptions se font sur le site des Journées du E-Learning.

Le programme de la plénière s’annonce particulièrement alléchant avec la présence du philosophe Bernard Stiegler, de l’avocat Olivier Iteanu, de France Henri membre de la TELUQ, et peut-être de la présidente de la CNIL, Isabelle Falque Pierrotin.

Des ateliers sont aussi prévus et en cours de constitution. Ils seront disponibles sur le site des Journées et il faudra s’inscrire pour y participer.

Les inscriptions sont gratuites pour les personnes issues du secteur public (Compter 30 euro si vous souhaitez déjeuner sur place les deux jours), et 95 euro pour les personnes du secteur privé (repas inclus).

La plénière sera retransmise en live sur le site des Journées, et de même pour les tables rondes que nous organiserons en atelier autour de sujets liés à la massification du e-learning (MOOC, enjeux juridiques, etc…)

On se voit à Lyon les 26 et 27 juin ?

 

Les SPOC comme alternative crédible aux MOOC

On parle des SPOC (Small Private Online Courses) depuis quelques mois comme une alternative crédible aux MOOC. Alors que les universités se lancent dans la production des MOOC sans trop savoir où cela les mènera, un mouvement inverse à la massification et à l’ effet « vitrine » des CLOM fait son apparition. L’idée des SPOC serait d’utiliser les ressources qui ont fait le succès des MOOC comme la vidéo, et autres contenus pour des « séquences pédagogiques » réservées à un petit nombre d’étudiants. On utiliserait le concept de classe inversée : les cours seraient vus à la maison par l’étudiant et on discuterait et appliquerait en classe notions et concepts développés en vidéos.

Bien sûr, les SPOC demandent une structure technopédagogique pour discuter du contenu et de la scénarisation des cours (xSPOC ou cSPOC), mais à la différence des MOOC, la faisabilité des SPOC s’avère (en apparence) plus abordable que la mise en chantier de projets MOOC qui nécessitent du temps, un investissement en infrastructures techniques et du personnel pas toujours disponible ni qualifié dans les universités.

Certaines universités font déjà du SPOC. Harvard et Berkeley expérimentent ce type d’enseignement. L’université Lyon 3 peut dores et déjà capitaliser sur l’expérience de la Faculté de droit virtuelle pour développer des SPOC sur des formations certifiantes. Même si elle se rapproche plus de la FAD, l’expérience de la FDV n’est pas sans intérêt pour le suivi et la gestion des apprenants. L’université de Cergy-Pontoise a développé des SPOC pour les étudiants se préparant aux concours d’enseignement.

Reste que ce dispositif hybride présentiel/en ligne flexible et peu coûteux à mettre en place pose quelques questions, à commencer par la guidance (tutorat) et l’évaluation des participants. Reste-t-on sur un modèle de type MOOC ou revient-on à des formes plus traditionnelles ? On peut aussi se poser la question de la gratuité. Si pour de nombreux MOOC la seule diplomation est payante, rien n’empêche de faire payer au participant l’accès aux SPOC étant donné la confidentialité du nombre d’apprenants…

Les conséquences d’un plagiat

J’ai été récemment convoqué comme « expert technique » au conseil disciplinaire de mon université pour détailler le fonctionnement de l’outil anti-plagiat de l’établissement. C’est la première fois que je suis confronté aux conséquences directes du plagiat.

La thèse de doctorat soupçonnée fut soumise à l’analyse de Compilatio qui décela un taux assez élevé de reprise. Dans les faits, on avait affaire à deux cas de figure :

– la paraphrase, reprendre un texte et en changer des termes,

– la reprise du texte de sites web.

Comme j’ai affiné le taux de plagiat et décortiqué le rapport d’analyse, j’ai été sollicité par le service juridique pour expliquer le fonctionnement de l’outil.

L’enjeu est important pour le docteur incriminé, et pour l’université. D’après ce que j’ai entendu, le plagiaire a minoré dans sa défense l’efficacité de Compilatio. Les résultats étaient pourtant sans équivoque, de nombreuses sources sur le web ont clairement et simplement été reprises et détectées par Compilatio.

Le doctorant a sans doute fait preuve de naïveté envers son jury, le public susceptible de le lire et sur les outils de détection mis en oeuvre. Je suis toute de même peiné de voir un jeune docteur aux ailes brûlées. Cette affaire entache sa réputation et la suite de sa carrière.

En France, le Code de la Propriété Intellectuelle prévoit jusqu’à 300 000 euro d’amende et 3 ans d’emprisonnement pour délit de contrefaçon. Le droit d’auteur

On aurait tort de sous-estimer le plagiat dans la recherche. Michelle Bergadaà et Jean-Noël Darde ont clairement montré l’étendue du problème, et les enjeux  que cela comportait pour les carrières des plagiaires, la réputation des universités et des laboratoires, et le préjudice porté aux plagiés.

J’ai constaté que dans de nombreux cas de plagiat que nous traitions, l’enseignant avait le pressentiment d’avoir lu des passages quelque part, sur des sites web ou dans des ouvrages. Le plagiat est détecté dans de nombreux cas, en amont, c’est-à-dire dès la lecture du texte (devoir, mémoire, thèse). L’outil anti-plagiat ne fait que confirmer des soupçons et quantifie la part de contrefaçon par une analyse détaillée.

Comment lutter contre le plagiat ? Cela passe par la sensibilisation et la formation aux formes de contrefaçon intellectuelle et comment le Droit le sanctionne, mais aussi par la dissuasion : informer les publics d’outils de détection.

Nous aborderons la question du plagiat le 30 mai lors de la prochaine matinée du e-learning à Vet-Agro Sup Lyon sur le site de Marcy l’Etoile. La matinée sera l’occasion d’insister sur les aspects juridiques du plagiat, et leur utilisation dans un cadre pédagogique. La manifestation est gratuite et ouverte aux enseignants comme aux doctorants.

Inscription et programme : http://suel.univ-lyon3.fr/matinees-du-elearning

Révolution techno-pédagogique : convaincre et rassurer les enseignants

En réalité on ne sait jamais ce qui se passe on sait simplement ce qu’on veut qu’il se passe. C’est comme ça que les choses arrivent. En 17, Lénine et ses camarades ne disaient pas nous allons faire la révolution parce que nous voulons la révolution. Ils disaient si toutes les conditions de la révolution sont réunies la révolution est inéluctable.  Tirade de Jean-Pierre Léaud dans Liberté, la nuit, Philippe Garrel, 1983.

On parle ici et là de « révolution techno-pédagogique » dans le milieu universitaire mais elle est loin d’être actée. L’essor du numérique dans nos société contemporaines a bouleversé notre rapport traditionnel au Savoir et aux apprentissages, mais elle a aussi chamboulé la place même des acteurs du monde universitaire par un changement du paradigme de la transmission et de l’enseignement. La verticalité de la diffusion des savoirs, d’un professeur à ses étudiants est de moins en moins pertinente à l’heure où chacun peut trouver sur Internet en quelques clics ou quelques minutes de recherche des ressources qu’il peut utiliser pour se former. Le  monopole du magistère traditionnellement détenu par les enseignants glisse vers une appartenance partagée avec les apprenants.

Dans cette nouvelle approche des savoirs, le rôle des enseignants n’est plus de délivrer un savoir disciplinaire dans un cours, mais de guider, de conseiller, de filtrer ces savoirs, et d’apprendre à ses étudiants une méthodologie nécessaire à la sélection des contenus les plus appropriés à leur formation. C’est à l’enseignant de donner des pistes aux étudiants en fournissant par le cours et/ou les outils numériques les cadres et contenus propices à la progression de l’apprenant. En ce sens, le numérique a ici tout de révolutionnaire puisqu’il change à la fois les modalités d’acquisition des connaissances et compétences, et le rôle de ses acteurs, enseignants compris.

Cependant, cette révolution ne peut se faire sans des pré-requis et une remise en question du rôle de l’Université. La prise de conscience de la modification nécessaire, voire indispensable des enseignants s’opère progressivement et à petites touches. Dans mon établissement, il est très difficile de sensibiliser les enseignants à ce changement épistémologique de leur place dans la transmission des savoirs. Si certains en prennent conscience par la pratique et les initiatives personnelles, beaucoup pensent, et pas seulement les plus âgés, que le magistère de l’enseignant est le seul viatique possible dans la diffusion des savoirs et compétences de leur champ disciplinaire. Le Web 2.0, par Wikipedia, par l’essor des réseaux sociaux  a invalidé cette croyance, et le web 3.0 l’ère des bases de données contribuera pourtant à accentuer la fin du modèle pédagogique vertical.

Ce n’est pas remettre en cause la liberté pédagogique du corps professoral que de dire que les outils numériques ne contribuent pas à annihiler toute forme de cours (ni de dis-cours) ils permettent au contraire d’élaborer de nouvelles formes d’apprentissage, où l’étudiant devient le coeur d’un dispositif pédagogique ayant pour but sa réussite. Les outils numériques ne sont qu’un des moyens possibles concourrant à la formation réussie des apprenants. Il ne s’agit pas non plus de mettre dans le grand maëlstrom digital les étudiants et les enseignants sur un coup de tête. Cette révolution technopédagogique doit être accompagnée et expliquée aux publics universitaires. A ce stade, le rôle des ingénieurs pédagogiques s’avère indispensable pour former les enseignants qui souhaitent s’investir, en les aidant pa exemple à constuire de scénarios pédagogiques adaptés à leurs cours.

Nous avons en France les potentialités et les conditions propices au déclenchement de cette révolution numérique et pédagogique, mais nous manquons de moyens, de motivation et de stratégie cohérente. Cela dépend bien entendu à l’échelle locale des établissements, mais bien souvent les cellules TICE des établissements sont réduites à peau de chagrin. Les TICE, ce n’est pas mettre un fichier word en pdf et l’insérer sur une plate-forme pédagogique. Les ingénieurs pédagogiques ont cette mission d’assurer la bonne conduite de la révolution pédagogique en cours. Leur rôle est important, mais trop souvent minoré, ignoré, voire méprisé à l’intérieur des établissements. Très souvent, les universités n’ont pas établi de stratégie numérique, si ce n’est en matière de communication. L’essor de ressources pédagogiques numériques contribuerait à valoriser les formations de l’établissement et pourquoi pas permettre de gagner un peu d’argent par la création de formations à distance, de cours en ligne comme des MOOC (Cours massifs ouverts et en ligne) , etc. A Lyon, nous avons déjà quelques cours de ce type.

Enfin, le problème, et non des moindres est de convaincre les enseignants eux-mêmes du bien fondé de cette mutation en marche. Les réticences du corps professoral vis-à-vis du numériques ont de multiples causes, remise en cause d’une liberté pédagogique c’est-à-dire du verrouillage des supports de cours par peur de perte de contrôle ; manque de motivation à s’impliquer dans les nouvelles technologies, manque de reconnaissance, aussi du travail effectué sur les outils dédiés (la question de la rémunération est souvent évoquée), l’impression souvent justifié de devenir un technicien plus qu’un enseignant en utilisant tel ou tel service… Il est aussi question de cultures disciplinaires, certaines matières sont plus impliquées que d’autres en technopédagogie. La formation et la sensibilisation des enseignants s’avère indispensable et doit être entreprise avant même l’arrivée en chaire. Le ministère semble avoir compris la nécessité d’une formation que j’espère fortement incitative des enseignants aux outils numériques, cela n’était pas le cas il y a cinq ou six ans.

L’excellence de l’université française ne peut passer que par cette révolution technopédagogique. Qu’on l’accepte ou qu’on la déplore, elle paraît inéluctable si nous voulons conserver le rayonnement universitaire et culturel de notre pays dans le monde. Les ferments révolutionnaires sont là, ils ont déjà éclos ici et là à l’échelle locale par des projets souvent très concrets se basant sur des usages précis. Mais je constate que nous n’avons pas de volonté ministérielle forte de développer une stratégie numérique d’enseignement et de recherche en France. Le rapport sur la « refondation » de l’université est éloquent. Le changement pourrait donc intervenir à l’échelle des pôles universitaires de sites, ou régionaux.

Nous sommes à la traîne par rapport au monde anglo-saxon, alors que nos potentialités sont énormes et nos formations apportent une réelle valeur ajoutée pour le pays. L’université française bénéficie d’une bonne image de marque à l’étranger ; son attractivité pourrait être renforcée par une politique volontariste misant sur les capacités des établissements universitaires à promouvoir leurs atouts. Je suis convaincu que nous pouvons passer ce cap malgré les difficultés si chacun prend conscience que cette révolution