Une soutenance, un travail, un doctorat

Le jury à l'issue de la délibération. Cliché : Thierry Faure David-Nillet

Le jury rend sa délibération.
Cliché : Thierry Faure David-Nillet

J’ai soutenu ma thèse de doctorat en histoire ce lundi 8 juillet 2013.

Mon sujet consistait à donner l’édition critique de la correspondance de Jacob Spon (1647-1685). J’ai rendu un travail inachevé, en raison du délais que m’imposait une dernière année d’inscription en doctorat… Le temps béni des thèses interminables est révolu.

J’ai débuté mon doctorat en octobre 2007 quasiment en autodidacte du point de vue de la méthodologie. A l’époque, je n’imaginais pas l’ampleur qu’allait prendre ce travail. Je suis parti fleur au fusil dans une édition critique qui prend des années. Au fur et à mesure des années, la correspondance s’est étendue. Mon corpus s’est élargi à 425 lettres que j’ai totalement retranscrit en format doc. ce qui représente environ une saisie de plus de 700 pages.

J’ai péché sur plusieurs points. J’aurais du envisager dès les premiers mois une saisie systématique sur un logiciel dédié à l’édition de correspondance de type ARCANE. A l’époque, je n’étais pas autant impliqué qu’aujourd’hui dans les outils numériques, d’autant plus que les digital humanities n’étaient pas aussi développées.

Sous la pression du temps qui coulait, j’ai entrepris, trop tardivement, la rédaction d’une introduction de 75 pages que j’ai achevé  en février 2013. J’ai mis trois mois à l’écrire, ce qui est un délai court, trop court. J’ai péché par un manque de relecture ce qui m’a été reproché, tout autant que l’exploitation approfondie du corpus. J’ai tout de même expliqué les conditions dans lesquelles je l’ai rédigé : une activité professionnelle accaparant mon temps, et l’impossibilité de pousser mon inscription en doctorat pour une 7e année. Sans ces contraintes, j’aurais pu rédiger une véritable étude fondée sur une analyse des données par le biais d’outils numériques. J’ai frustré le jury sur cette introduction car elle ne présentait que trop brièvement, en 77 pages, les thèmes, les enjeux, les informations de cette édition critique.

L’autre point reproché, justifié, est celui de mon trop grand respect du texte. Une édition critique n’est pas une édition philologique. Les choix d’édition doivent viser la clarté et la cohérence. Ma cohérence fut de ne pas avoir biffé le texte par l’ajout d’une ponctuation adéquate, la modification de certains mots en français contemporain (surtout sur l’accentuation)… Autant de défauts qui ont agacé deux membres du jury.

Enfin, on m’a reproché dans le corpus critique la surabondance de détails inutiles : j’ai trop précisé certains points, sans compter certaines formules maladroites dans la rédaction de notices.

Aucun reproche ne m’a été fait sur le fond de ma thèse que j’ai rédigé en introduction, ce qui me conforte sur le solidité scientifique de ma problématique et des réponses que j’ai apporté.

En dépit de ces faiblesses, le jury a souligné l’importance du travail rendu : 912 pages au total, en cinq années sur un sujet aussi vaste mérite le respect. Mon travail constitue ainsi une « oeuvre majeure » dans l’Histoire de la République des Lettres, et permet de mieux en comprendre son fonctionnement. J’ai ainsi matière à développer son étude dans la rédaction d’un ouvrage de fond adossé à une édition critique qui en soit vraiment une. Je pourrais donc, une fois l’oeuvre approfondie et les erreurs corrigées, soumettre ce corpus à édition aux éditions Honoré Champion. Je ne renonce pas non plus à donner une édition électronique en accès ouvert pour le bénéfice des chercheurs et des curieux.

Je suis donc docteur « très honorable ».  Comme je n’ai pas d’ambition dans l’enseignement universitaire en Histoire (j’enseigne et forme à l’Université sur une autre matière), j’espère mettre à profit ce doctorat dans d’autres projets, articulant Histoire et Nouvelles Technologies, pourquoi pas dans les Humanités numériques ?

Je donnerai d’autres articles sur les leçons de cette soutenance et le fonds de mon sujet.

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Programme de la journée d’études sur la sphère publique sphère privée

Comme je l’ai annoncé lors d’un article précédent, ma collègue et amie doctorante Maria Uzcategui organise une journée d’études sous l’égide de l’Ecole doctorale 483 et du LARHRA  sur le thème « Sphère publique / Sphère privée« . Elle aura lieu le 30 mai 2013 à l’ISH Lyon, 14 avenue Berthelot, 69007 Lyon.

Il reste quelques détails à préciser, mais nous avons là une version consolidée du programme.

La journée réunira doctorants chercheurs et enseignants autour de cette thématique transversale aux sciences humaines et sociales. La journée d’études pourra être validée, pour les jeunes doctorants, comme « crédits » et heures de formation désormais nécessaires pour l’obtention du diplôme.

J’espère que les doctorants viendront nombreux pour écouter et discuter autour de ces axes de recherche qui permettront, pourquoi pas, d’amorcer une dynamique de travail en groupe.

 Programme

  • 9 : 15 – Brève présentation de la journée par Maria Uzcategui
  • 9 : 30 – Introduction à la journée d’études par M. Lionel Obadia

 » Interactions publiques, interactions privées et partage des lieux »

  • 9 : 50 – Cindy Banse, doctorante du LARHRA – Lyon 3 : « Résister sur le seuil de sa porte: les femmes et la résistance civile (le cas du sauvetage des Juifs) ».
  • 10 : 10 – Nicolas Genis,doctorant contractuel – Histoire et archéologie grecques – Lyon 2 : » La victoire individuelle/célébration collective : interactions des sphères privée et publique dans les monuments des victoires aux concours panhelléniques entre 550 et 450 av. J.-C. »
  • 10 : 30 – Philippe Bourmaud, Maître de conférences en Histoire contemporaine. Université Jean Moulin – Lyon 3. « Un seuil interculturel et mouvant : le partage des sphères publiques et privées dans le projet de règlement intérieur d’un hôpital de Jérusalem (1909) ».

10 : 50 – Débat

11 : 10 – Pause

 » les études du genre et le partage de la sphère publique »

11 : 20 – Elodie Gaden, doctorante en lettres- Université de Grenoble 3.  » Sortir des harems et investir la place publique : féministes et nationalistes égyptiennes en 1919″.

11 : 40 – Virginie Blum, doctorante en sociologie – Laboratoire Max Weber « Le privé est public: une approche par le genre. »

12 : 00 – Pascale Barthélémy, responsable de l’équipe genre et société du LARHRA. Maîtresse de conférences en Histoire contemporaine à l’ENS de Lyon.  « Genre et colonisation en Afrique : l’opposition privé/public en question »

12 : 20 – Débat

12 : 40 – Pause déjeuner

« L’homme public et sa vie privée »

14 : 30 –  Philippe Martin, professeur d’histoire moderne – Université Lyon 2, directeur de l’ISERL. « Les écrits du for privé ».

14 : 50 – Communication à préciser 

15 : 10 – Frédérique Giraud, doctorante en sociologie – ENS Lyon. « L’homme privé en interaction avec l’homme public. Comment Zola gère-t-il l’image de soi sur la scène littéraire ? »

15 : 20 – Débat

15 : 40 – Pause café

***

 Ateliers

15 : 50 – 17 : 00 Groupes de travail (évaluation de la journée d’étude sous la forme d’un exposé des acquis mettant en rapport la journée d’étude et les recherches personnelles. Cet exposé constituera une réflexion pour un devoir écrit qui peut prendre la forme d’un article – publié dans la revue de l’ED ?)

Appel à contribution aux doctorants en Sciences humaines et sociales pour une journée d’étude sur la sphère publique/sphère privée

Le collectif des doctorants en histoire du LARHRA organise une journée d’étude sur la question de l’opposition entre sphère privée et sphère publique.

 La notion de sphère, désigne l’ensemble des interactions d’un individu avec d’autres personnes. Mais ces interactions  se déroulent dans un périmètre donné selon la nature de la relation nouant l’acteur à ses interlocuteurs, l’espace public ou privé.

La Philosophie, la Sociologie, la Littérature se sont intéressées à l’opposition sphère privée, sphère publique. Jürgen Habermas a été le premier à étudier dans sa thèse de philosophie L‘espace public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, soutenue en 1962, la constitution et la place de l’espace public dans les sociétés occidentales.

Au sens habermassien, l’espace public est un espace où se déroule la vie de la Cité, et où s’exerce l’opinion publique comme arbitre et acteur des débats animant la société ; autrement dit, le lieu où l’Homme joue son rôle de citoyen (et du travailleur au service de la société) ; mais cette notion a été remise en cause par les travaux qui ont précédé la thèse de Jürgen Habermas. Mais le mot espace renvoie lui même  à une approche à la fois concrète et géographique, et abstraite, c’est-à-dire intellectuelle.  Stéphane Van Damme a examiné les critiques et les innovations apportées à la notion d’espace public dans un article « Farewell Habermas ? Deux décennies d’études sur l’espace public. » <2>

Mais les notions de sphère publique et de sphère privée ont une définition polysémique selon l’angle d’étude abordé : juridique, sociologique, philosophique. Et d’ailleurs, qu’appelle-t-on le public ? Au XVIIe siècle, le public est cette frange lettrée de la population (noblesse et haute bourgeoisie) capable de juger toute production intellectuelle ou littéraire à l’aide de la Raison. Hélène Merlin a donné une étude magistrale de la notion de public au Grand Siècle, <1> bien différente de celle que l’on connaît en ce début de XXIe siècle

L’historien s’appuie sur des sources pour construire son travail. Ces documents sont d’ordre privé, ou d’ordre public. On oppose traditionnellement les sources du for privé (correspondant aux ego-documents c’est-à-dire les journaux intimes, la correspondance privée, etc.), aux documents publics (décisions de justice, documents administratifs, lettres d’ordre « professionnel »).

Ces documents sont des traces des interactions sociales et intellectuelles entre les agents dans le champ de l’espace public. Car c’est cet espace qui organise et distribue les relations entre individus, et c’est dans cet espace que les motivations et les actions élaborées dans la sphère de l’intimité trouvent leur accomplissement.

Hannah Arendt a aussi écrit dans la Condition de l’homme moderne et la Crise de la culture sur la disparition de la sphère publique, supplantée par la  sphère privée apparue avec l’affirmation de la bourgeoisie et de son mode de vie au XVIIIe siècle.

Aujourd’hui, les juristes constatent que la frontière entre sphère privée et sphère publique s’est distendue en raison de l’apparition de nouveaux usages de sociabilité sur le Web, avec l’apparition des réseaux sociaux et des interactions entre utilisateurs.

Notre petit groupe des doctorants du LARHRA souhaite organiser une journée d’étude interdisciplinaire autour de ces notions de sphère publique et de sphère privée. Selon l’afflux de communications, cette manifestation pourrait se dérouler sur deux jours avec la présence de nombreux doctorants, maîtres de conférences et professeurs du LARHRA.

Trois thèmes sont proposés par Maria Uzcategui :

1.      De la sphère privée à la sphère publique : La publicité des idées et des motivations intimes : le cas des correspondances privées ; les journaux intimes, les mémoires individuelles et la mémoire collective, le rôle des mass-médias.

2.      De la sphère publique à la sphère privée : La liberté de culte/ la laïcité ; la liberté d’expression/ la censure (dictatures, régimes totalitaires, interdiction des partis politiques…).

3.      L’opposition sphère publique/ sphère privée est assimilable à celle d’espace public et d’espace intime ?

 

Nous lançons donc un appel à contribution à l’ensemble des doctorants en sciences humaines et sociales (Histoire, Géographie, Droit, Sociologie, Philosophie, Lettres, sciences de la communication), sur ces thématiques de la sphère publique et de la sphère privée ; leur définition, leur application dans le champ des sciences de l’Homme. 

Nous avons prévu d’organiser cette journée au printemps 2013 à une date qui reste à fixer. La date butoir d’envois des contributions est elle fixée provisoirement au 1er mars 2013.

Envoyez nous le titre de votre communication et un résumé d’une vingtaine de lignes.

Vous pouvez nous contacter par courriel (en précisant dans l’objet de votre mail l’appel à contribution),

Maria Uzcategui : maum79@hotmail.com

Yves Moreau :  yvesmoreau99@msn.com ; ou yves.moreau@univ-lyon3.fr

Bien entendu, nous communiquerons via les réseaux sociaux et par courriel sur l’organisation de cet événement et son  déroulement.

<1> Public et Littérature en France au XVIIe siècle, Paris, Les Belles Lettres, 1994, rééd. 2004 .

<2> Article paru dans Les dossiers du GRIHLhttp://dossiersgrihl.revues.org/682#quotation

Les Lettres de Pierre Bayle : un exemple d’édition électronique

L’Institut Claude Longeon de l’Université de Saint Etienne, a publié en ligne avec le concours de l’Institut d’Histoire de la Pensée Classique (regroupant au sein de l’UMR 5037 des équipes de l’Université Clermont-Ferrand II, de l’Université Lyon II et de l’ École Normale Supérieure de Lyon) une partie de la correspondance du journaliste et philosophe protestant Pierre Bayle (1647-1705).

La publication de cette correspondance intervient alors que s’opère une révision complète de la philosophie et de l’oeuvre de Pierre Bayle dans le sillage d’Elizabeth Labrousse et d’Hubert Bost. Les travaux de Gianluca Mori, Gianni Paganini et d’Antony McKenna ont renouvelé l’image d’un des grands observateurs et intermédiaire de la République des Lettres, alors que s’opère la crise de conscience européenne et l’avènement du rationalisme dans tous les domaines d’études. Cette correspondance permet aussi de rattacher Bayle à un réseau spécifique de correspondants en rapport avec ses activités intellectuelles. La correspondance de Bayle a le mérite de redonner à Bayle sa qualité d’intellectuel Protestant et de s’éloigner quelque peu de l’image du philosophe pyrrhonien causée par la publication du Dictionnaire historique et critique en 1697.

La version « papier » publiée par la Voltaire Oxford Foundation n’est pas encore achevée. La correspondance de Pierre Bayle compte plus de 1600 Lettres. Le tome IX est paru en février 2012 et court jusqu’à l’année 1696. A ce jour, 1099 lettres ont été publiées sur papier, mais seules 587 lettres sont disponibles sur version électronique.

Le projet de publication de cette correspondance a été initié par Mme Elizabeth Labrousse, décédée en 2001, historienne du protestantisme et spécialiste de Bayle, et M. Antony McKenna, avec la participation de nombreux historiens : Hubert Bost,  Laurence Bergon, Annie Leroux,  Caroline Verdier, Ruth Whelan, Maria-Cristina Pitassi…  La version électronique a été reprisé par M. McKenna, et Mme Fabienne Vial-Bonacci de l’institut Claude Longeon de l’université de Saint-Etienne (CNRS UMR 5037)

Le site propose pour le moment les cinq premiers tomes de l’édition papier. L’élaboration de la correspondance de Bayle a été faire à l’aide du système ARCANE. Il s’agit d’un système d’édition de texte destiné à produire, enrichir et publier d’importants corpus de ressources et de documents multimédias, réunis dans une base de données documentaire xml-compatible. Il a été conçu pour être l’instrument de travail des auteurs sans compétence informatique particulière, en lieu et place des suites logicielles actuelles. Son efficacité s’exprime particulièrement bien dans les domaines.  Les textes ont été encodés selon un balisage spécifique permettant un double travail critique, interne et externe du document. L’encodage du texte sur Arcane a permis de produire une version papier puis une version XML. Le site a été développé sous SPIP, CMS bien connu des universitaires français pour sa facilité d’utilisation.

Le site propose un rattachement du texte encodé à la visualisation en bas de page d’une reproduction du manuscrit ou de la version imprimée par Bayle dans les Nouvelles de la République des Lettres. La rubrique indexation mène à trois index, un glossaire, une bibliographie, et un index des personnes citées dans la correspondance. Une rubrique « médiathèque » permet de visualiser les portraits des correspondants de Pierre Bayle.

Le site de la correspondance de Pierre Bayle est exemplaire pour la clarté de la mise en page, et la concision du travail d’annotation. Nous ne connaissons pas d’équivalent de correspondance en ligne pour les savants du Grand Siècle. On peut toutefois regretter de ne pas bénéficier d’une version encodée du texte comme on le trouve pour d’autres travaux d’édition de textes en ligne.

Actuellement, il existe en France plusieurs projets d’éditions électronique de textes anciens. En littérature une équipe du CELLF ( Centre d’Etude de la Langue et de la Littérature Françaises des XVIIe et XVIIIe siècles – Université Paris IV Sorbonne) édite  l’Astrée d’Honoré d’Urfé. Ce roman pastoral fut un des best sellers de l’aristocratie française au Grand Siècle. L’édition intégrale des oeuvres de Bossuet, de ses joutes théologiques avec le pasteur Ferry, de Metz, à l’Histoire des variations du protestantisme , la numérisation promet de diffuser plus largement ces oeuvres.

On peut distinguer deux sortes d’édition électronique : la numérisation pure et simple d’un document, et l’édition numérique. Pour la numérisation, voyons deux exemples :

La Bibliothèque nationale permet grâce à Gallica de retrouver plus d’1 millions de textes numérisés., On accède librement à l’intégralité de ces textes, généralement libres de droit donc accessibles au plus grand nombre.

Google Livres permet aussi de retrouver ces textes numérisés avec des accès plus restreints, car Google peut numériser des fonds de bibliothèques sous certaines conditions.  On trouve ainsi des références sur telle ou telle édition de Mauriac, par exemple, mais on ne peut pas toujours avoir accès au texte numérisé. L’avantage de Google Livres est le mode recherche dans le texte, qui permet d’aller directement au mot désiré. Sur Gallica, ce mode n’est pas toujours actif.

L’édition numérique s’inscrit dans cette démarche de numérisation, mais va plus loin. Il ne s’agit pas seulement de numériser des documents , il s’agit aussi d’exploiter la masse d’informations qui y est contenue, de la rendre à la fois lisible et visible.

L’édition numérique s’inscrit pleinement dans le cadre des digital humanities : les sciences humaines et sociales numériques. Les digital humanities constituent un ensemble de méthodes de travail, métiers, pratiques, compétences des personnels des organismes de recherche et d’enseignement supérieur qui sont au contact de l’informatisation des données, et de l’édition électronique, etc. Ces méthodes sont avant tout des outils de travail permettant de faire avancée la recherche. Les digital humanities se basent sur des outils informatiques « ouverts » c’est-à-dire des outils libres de droit ou en libre accès. Pour l’édition numérique, la grande majorité des projets se base sur le langage XML langage informatique plus puissant que le HTML puisqu’il permet de créer ses propres balises. l’encodage TEI (Text Encoding Initiative) suit les recommandations du XML  La TEI est un consortium d’acteurs issus de milieux universitaires ou de la recherche en sciences humaines et sociales et linguistique. Créée en 1987, elle a pour but de proposer des normes d’encodage en XML. Les textes transcrits en XML sont ensuite mis en forme selon des feuillets CSS.

Prenons un exemple : le projet Artamène. Artamène ou le Grand Cyrus, écrit par des époux Scudéry est le plus long roman de la langue française avec 13 095 pages dans l’édition originale, publiée entre 1649 et 1653. Une coopération helvéto-américaine a permis de numériser intégralement ce roman, d’en donner une version électronique sous plusieurs formes.

On a donc plusieurs présentations possibles du texte : soit un texte en mode continu c’est-à-dire ne respectant pas la pagination initiale, soit le texte paginé selon l’édition originale avec une image de la page de l’édition d’origine .

Un résumé de chaque partie et à l’intérieur de chaque chapitre est également disponible, de même qu’un outil fort pratique d’agrandissement de police. Le tout est imprimable. Un moteur de recherche permet de localiser un ou plusieurs termes dans le texte.

L’intégralité du texte et des documents sont libres de droit, à condition de citer la source.

D’autres éditions proposent aussi une version régularisée en corrigeant, par exemple des fautes de typographie, ou « corrigée » avec une orthographe moderne.

Pour une version corrigée, les Bibliothèques virtuelles humanistes  met à disposition ce type de travail critique. Ce projet, développé par le CESR (Centre d’Etudes Supérieures de la Renaissance) de l’université de Tours depuis 2002 numérise et diffuse les livres anciens et documents patrimoniaux en rapport avec les activités du CESR. On trouve sur le site des BVH des fac-similés, c’est-à-dire des ouvrages numérisées, une base textuelle, Epistemon qui propose l’édition d’ouvrages en format XML-TEI.

La consultation des textes encodés peut être fait de différentes manières. Un véritable travail philologique complet a été opéré. On peut choisir une visualisation « originale » du texte, avec une orthographe régularisée ou non pour améliorer le confort de lecture, de voir le cas échéant le texte effacé, ou les ajouts mentionnés…

L’édition numérique des oeuvres des BVH s’efforce de respecter au maximum la mise en page de l’édition originale, jusqu’aux marques d’imprimeur.

Pour des projets véritablement historique avec un appareil critique, on peut consulter l’édition en ligne des édits de pacification précédant l’Edit de Nantes, dirigée par Bernard Barbiche et hébergée par l’Ecole nationale des Chartes.

Bien entendu, ces projets sont à but non lucratif puisque élaborés par des organismes universitaires et/ou de recherche à partir de logiciels libres, de formats ouverts. Ces éditions permettent de valoriser et de diffuser le travail de recherche effectué par ces chercheurs, ces enseignants, ces informaticiens, et on aurait tort de s’en priver… Les possibilités offertes par les nouvelles technologies dans le cadre des digital humanities sont donc prometteuses pour tout chercheur, enseignant. La France est en retard par rapport à d’autres pays comme le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Tous ces projets nécessitent cependant une réelle implication de tous les acteurs, l’élaboration d’une politique numérique par les établissements en solo ou en collaborations ainsi que des financements pour les équipements et la formation.

[Edit : 18 mars 2015 en suivant les remarques du commentaire de Ednomesor.]

Université d’Eté de la correspondance littéraire à Ferney-Voltaire

La ville de Ferney-Voltaire a inauguré cette année son université d’Eté qui s’est tenue entre le 29 août et le 2 septembre à la mairie. Le thème choisi,  la correspondance littéraire, fut proposé par l’Institut international du livre et de la librairie (2I2L) que dirige M. Philippe Martin, professeur d’histoire moderne à l’Université Lumière Lyon 2, et membre de mon laboratoire, le LARHRA.

Le choix de ce thème n’est pas anodin. On a recensé et publié environ 22 000 lettres écrites par le patriarche de Ferney, Voltaire. Les chercheurs trouvent encore des lettres inédites d’une correspondance qui paraît n’avoir pas de limites.

La municipalité de Ferney a accueilli, de fort belle manière une quarantaine de participants, doctorants et enseignants-chercheurs pour présenter, discuter, et débattre des thèmes de recherche de chacun, où la correspondance épistolaire joue un rôle majeur.

L’étendue et  l’hétérogénéité des disciplines représentées a permis à tous les participants de confronter leurs expériences et leurs points de vue. Les intervenants abordèrent les problèmes de correspondances aussi variées que celles de Voltaire, Marcel Proust ou encore Louis-Ferdinand Céline, François Delsarte, Pierre Fourier, et Natalia Ginzburg.

En filigrane, les communications posaient aussi des questions de méthodes sur lesquelles nous, chercheurs, butons quelques fois. Le devenir de nos travaux donna lieu à quelques présentations de projets de bases de données et d’éditions critiques en ligne comme la correspondance Pierre Bayle dirigée par M. McKenna dont je reparlerai.

J’ai présenté une communication sur Jacob Spon (1647-1685) en tant qu’intermédiaire entre Paris, l’Italie et Genève. J’ai abordé ce que la correspondance de Spon révélait comme contenus permettant de mieux connaître les rapports entre savants dans la République Lettres, et principalement entre ces ensembles géographiques. Le lien entre Spon est Genève était fort. Le médecin lyonnais y fit ses humanités, et y pratiquer sa foi protestante en toute liberté. J’ai aussi évoqué les lacunes de cette correspondance, parfois expurgée à dessein par les héritiers de ces lettres, puis par les conservateurs de bibliothèques au XIXe siècle.

En arrivant à la mairie de Ferney, où se tenait nos sessions, j’ai eu la surprise de constater que les éditions locales Dauphiné Libéré et La Tribune républicaine, me mentionnaient. Je suis intervenu un mardi après-midi après deux interventions de spécialistes voltairistes pour lesquels quelques Ferneysiens s’étaient déplacés. Quant à moi, peut-être que cette citation que j’estime incongrue en considération de mon rang fut le fait que j’évoquais la ville de Genève par ma communication.

Les actes de cette première université d’Eté donneront  lieu à une publication sous la direction de M. Martin. Je mettrai en ligne cet article dès que je l’aurai achevé.

Une visite du château de Ferney où Voltaire passa les vingt dernières années de sa vie a permis à notre assemblée de mieux situer ce village dans l’Europe des Lumières en tant que centre intellectuel. Voltaire sut faire du bourg le centre du parti philosophique en Europe. Il y écrivit ses ouvrages les plus réputés : Candide, Le dictionnaire philosophique ; y mena ses plus belles luttes de plume pour Jean Calas ou le chevalier de la Barre. On mesure mal, si on n’en est pas informé quelle fut l’influence de Voltaire sur le village de Ferney qu’il modela à sa façon.

Je déplore comme le conservateur du château, et quelques uns de mes collègues, l’état de l’intérieur de l’édifice qui mériterait une petite réfection. Les malheureux aménagements réalisés par les propriétaires succédant à Voltaire ont contribué aussi à dénaturer la bâtisse qui devint au XIXe siècle un lieu de pèlerinage pour de nombreux hommes de plume de France et d’Europe.

Ce séjour fut des plus instructifs et fructueux. J’ai rencontré de nombreux collègues doctorants avec lesquels j’ai noué des contacts stimulants. Je remercie M. Martin et la municipalité de Ferney-Voltaire pour leur accueil exceptionnel. Il est rare d’être accueilli aussi confortablement et efficacement lors de colloques scientifiques. Malheureusement, pour raison professionnelle, je ne pus pas assister à l’intégralité du colloque

Gageons que les prochaines éditions de cette université d’Eté seront aussi bonnes que la première.