Retour sur le ThatCamp Lyon

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Le laboratoire junior Nhumerisme de l’École normale supérieure de Lyon auquel j’appartiens, a organisé un ThatCamp à Lyon la semaine dernière du 14 au 17 octobre. Pour faire très bref, un ThatCamp est une « non-conférence » réunissant les utilisateurs et acteurs des humanités numériques. Des ateliers (sous forme de bar camp) sont proposés par les participants qui le désirent. Le nombre d’inscrits s’est monté à une centaine, mais le nombre de participants fut d’environ soixante-dix.

Le thème retenu pour ce ThatCamp fut la visualisation de données, thème à la mode, mais l’événement a largement dépassé ce cadre pour s’interroger avec Frédéric Clavert, sur le futur des ThatCamps francophones, ou encore sur la création d’une revue francophone sur les humanités numériques animé par Aurélien Berra. Nous nous sommes aussi interrogé sur la place des DH dans la cité et particulièrement sur les campus… Il y eut aussi des ateliers organisés par le Médialab de Sciences-Po Paris sur Gephi et d’autres outils encore développement mais prometteurs ; un atelier Python fut aussi proposé ; un autre sur la relation entre l’architecture de l’information et les dataviz par les étudiants Archinfo de l’ENS.

C’était le premier ThatCamp organisé à Lyon, et cela avait toute sa pertinence étant donné l’implication des labos locaux en SHS impliqués dans les humanités numériques… Les Lyonnais ont été bien servis, en particulier le LARHRA avec le pôle histoire numérique, qui a pu s’illustrer – entre autres – sur la géomatique et la modélisation des données lors d’ateliers.

Des notes collaboratives, sur des pads créés à cet effet, ont été prises lors de chaque atelier, si bien que nous avons pu constituer un bon corpus mis en forme lors de la dernière journée, le 17 octobre. La conférence « inaugurale » du mercredi 15 octobre a été faite par  Thierry Joliveau (ISTHME – Université de Saint-Etienne) sur les spatialités numériques a été filmée et est consultable en suivant ce lien https://srv-podcast.univ-lyon3.fr/videos/?video=MEDIA141020172619569 (L’iframe n’aime pas WordPress). J’ai aussi créé un Storify des tweets des participants.

Ce qui m’a frappé, au fil des discussions engagés au cours de ces ateliers, c’est à quel point les humanités numériques souffrent dans certains cas d’un manque de considération sinon de reconnaissance des organismes de tutelle ; la façon de tricher pour obtenir des financements, les a priori et les préjugés des gouvernances, l’absence de vision d’ensemble du numérique dans le cadre de la Recherche en sciences humaines et sociales…

Les événements de type ThatCamp est sont remis en question car ce modèle « bar camp » est en train de basculer dans un « entre-soi » constitué d’habitués sinon de chercheurs et d’ingénieurs fortement impliqués dans des projets estampillés digital humanities. Le défi des prochaines édition sera d’ouvrir le ThatCamp au-delà du public habituel, mais aussi de réfléchir à son contenu pour plus de cohérence : choisir (ou pas) entre manipulation et présentation des outils par exemple… Le questionnement des ThatCampers s’est aussi étendu à la notion même d’humanités numériques définies comme telles dans le manifeste lancé en 2010 lors du ThatCamp Paris. Ce document ne semble plus correspondre aux attentes du public en 2014. Un aggiornamento serait donc à l’ordre du jour par la rédaction d’une charte reprenant les bases du manifeste précédent.

Les humanités numériques françaises ne déméritent pas dans l’infinité des projets ayant cours actuellement, que ce soit dans la création d’outils comme Gephi, dans les initiatives d’encodage de textes patrimoniaux, ou la création de bases de données… Le ThatCamp a le mérite de réunir pour une courte période les acteurs portant ces projets, les faire discuter lors d’ateliers ou de rencontres plus informelles.

Les humanités numériques francophones doivent être mieux reconnues et défendues, mais elles doivent aussi assurer leur visibilité sur le plan national et transnational. L’association Humanistica créée il y a un an au ThatCamp Saint-Mâlo permettra sans doute d’accroître cette visibilité et de fédérer les acteurs de ce secteur dans une communauté de pratiques, qui demande plus que jamais à être reconnu. L’association a d’ailleurs profité du ThatCamp pour tenir son assemblée générale annuelle. Forte d’environ quatre-vingt membres des pays francophones, elle est appelée à grandir dans les mois et années à venir et à jouer son rôle d’interlocuteur incontournable pour les humanités numériques.

Le prochain ThatCamp francophone se tiendra à Paris au mois de juin 2015.

L’unité des humanités numériques : mythe ou réalité ?

La journée d’études inaugurale  du laboratoire junior Nhumerisme de l’Ecole normale supérieure de Lyon  intitulée « la Tour de Babel numérique » s’est tenue le 15 octobre 2013. Ce fut un véritable moment d’échanges et de réflexion autour des humanités numériques. La diversités des interventions nous a montré à quel point l’unité des humanités numériques peut être un leurre…

Les humanités numériques mal nommées

Milad Doueihi  (Université de Laval, Québec) et Frank Girard (ENSSIB, Villeurbanne) partent d’un constat : l’expression même d’humanités numériques est mal choisi.

Le mot d’humanités est pris dans un sens catégoriel : l’ensemble des disciplines des Sciences humaines et sociales.

Le numérique est pris dans un sens différent que ce qu’il définit : le nombre, la masse infinie de données. Il s’agit ici de la dématérialisation de données par le bais des outils informatiques.

Les humanités numériques définiraient donc le processus de digitalisation des sciences humaines et sociales. la définition élude en revanche la réflexivité et les transformations qui s’opèrent par le numérique dans le champ de la Recherche : la technicisation des pratiques d’écriture et de traitement des données. Il conviendrait selon Milad Doueihi de ne plus parler d’humanités numériques mais d’humanisme numérique. En effet, le recours au numérique est uniquement pensé en terme d’instrumentalisation, mais pas en terme de culture. Le numérique modifie radicalement notre rapport au temps, à l’espace et au monde.. Cette conversion numérique, déjà actée dans les usages n’est que rarement pensée sur le plan méthodologique.  Elle n’estompe pas non plus le cloisonnement des champs disciplinaires,  même si le numérique favorise l’établissement de passerelles entre les sciences humaines et sociales sur des objets de recherche communs. Il y a un assujettissement de la technique à la Discipline.

Voir la vidéo de Milad Doueihi

Deux projets différents, deux pratiques distinctes

La présentation des projet Symogih initié en 2007 et dirigé par Francesco Beretta ( CNRS – LARHRA ) et du logiciel Arcane élaboré par Eric Olivier Lochard (Université Montpellier 3) montrent deux logiques différentes dans l’utilisation du numérique. Symogih (Système de Gestion de l’information historique) d’abord a une double finalité

d’une part, mettre au point un système de stockage informatique de l’information historique, à la fois ouvert et collectif, indépendant de la période étudiée ; d’autre part, tirer profit des logiciels existants, si possible gratuits et open source, afin d’exploiter et d’analyser les données récoltées en leur appliquant des outils de cartographie, d’analyse des réseaux, de statistique, d’analyse factorielle, etc.

Les utilisateurs contribuent collectivement à l’élaboration des types d’information et saisissent sur une appli web leurs propres données. A chaque information, une identifiant est créé que l’on peut mettre en relation avec d’autres informations selon des types définis. Les utilisateurs doivent donc connaitre un minimum les architectures de bases de données ( ici le système MERISE), les modélisation des données et éventuellement les opérations d’extractions de données pour exploiter leurs ressources.  Simogyh vise sur l’effet cumulatif pour produire une masse critique d’informations éventuellement réutilisables (biographies, événements)  par la communauté des utilisateurs, une quarantaine actuellement (dont ma pomme). Symogih se veut une plateforme intégrée aux pratiques de recherche des utilisateurs, un outil du quotidien, en évolution constante selon les besoins de la Communauté.

Le logiciel Arcane suit un autre principe et n’est pas une base de données mais un logiciel d’édition.  Arcane est un pionnier en France. Créé en 1996, il avait pour but de donner proposer une alternative à l’éditeur de texte Word.  Le téléchargement doit se faire sur l’ordinateur du chercheur. Arcane efface volontairement toute implication de l’utilisateur en informatique. Les connaissances techniques sont restreintes pour l’utilisateur, lequel importe ses données ( textuelles)  et peut les exploiter de plusieurs manière : lexicométrique, textométrique, cartographique et statistiques.

Antony McKenna (Université de Sant-Etienne) donna un aperçu de l’étendue des possibilités d’Arcane avec la correspondance de Pierre Bayle éditée sous format papier (via un éditeur TEX) et une mise en ligne (par XML-TEI et et un CMS de type SPIP), la mise en relation des réseaux de correspondants. Contrairement à Symogih, la communication sur l’existence d’Arcane est restreinte. Le logiciel n’est pas distribué de façon massive, mais au compte-goutte en dépit d’avantages indéniables.

Il s’agit de deux visions différentes des rapports du chercheur au numérique. Pour Francesco Beretta, le chercheur doit s’impliquer dans le numérique et s’implique dans un démarche de travail collaboratif. Cette implication, lui apporte en dépit de moments difficiles dans la prise en main, des compétences informatiques et numériques ( encodage, exploitation de données, édition web) qu’il peut valoriser dans le cadre de ses activités et de son cursus. Arcane au contraire propose une solution clé en main où les compétences requises pour sa manipulation sont minimes.

Questionnements

Mais la tour de Babel des humanités numériques n’est-elle pas déjà un entre-soi, une élite de chercheurs utilisant les outils pour leur propre compte, bref une praxis hermétique du fait des compétences à acquérir ?

Le numérique est un savoir-écrire un prolongement de la civilisation du livre : que ce soit du code ou du texte, des pratiques rédactionnelles sont requises pour intégrer le numérique à son travail de recherche. Pour Franck Girard, c’est là un enjeu majeur pour la Recherche en France : former son personnel au numérique.

Ce medium qu’est l’écran, doit aussi amener à une réflexivité, une « scénarisation technique » dans le champ de nos disciplines. Le chercheur doit opérer des choix d’outils utiles à son travail et le résultat envisagé. Christine Beaugrand ( Ecole nationale supérieur des beaux-arts, Lyon) nous a ainsi fait part du peu de réflexion fait par les artistes autour des médias numériques. A travers le groupe DatAData, elle essaie de faire réfléchir artistes et étudiants en arts sur l’apport et les usages possibles des médias numériques. Ces médias sont pourtant ce qui lie entre eux des pratiques et des disciplines, mais nous pouvons envisager bien plus.

Tout cela conduit à parler d’une acculturation nécessaire du chercheur. Abandonner progressivement, sans les renier, les oripeaux de la culture du livre pour la culture numérique fondée sur l’ouverture des données et les expériences collaboratives d’écriture, de pratiques. Il ne s’agit pas d’imposer des pratiques, mais de les adapter à la révolution technologique en cours C’est l’humanisme numérique pour lequel plaide Milad Doueihi. Le numérique modifie notre rapport au temps à l’espace et à nous même selon un idéal d’ouverture, de partage. C’est in fine le but de la Recherche : concourir au progrès des sciences et à l’intérêt commun.

Le laboratoire junior Nhumerisme réfléchira au cours des prochains mois sur les pratiques numériques en matière de recherche. Des journées d’études et des ateliers seront organisés au cours de l’année universitaire.

Journées d’études « la Tour de Babel numérique », le 15 octobre 2013

J’ai l’honneur de faire partie d’un labo junior à l’Ecole normale supérieur de Lyon baptisé Nhumérisme. et dédié aux humanités numériques dans le cadre de la recherche en sciences humaines et sociales.
Nous inaugurons une année de rencontres et séminaires par une journée d’étude le 15 octobre

La « Tour de Babel numérique »

journée d’étude inaugurale du labo junior « Nhumérisme »

– mardi 15 octobre 2013 –

10h-18h

Amphithéâtre Descartes, ENS Lyon, site Descartes (LSH)

Cette première journée d’étude a d’abord pour but de présenter le tout nouveau labo junior « Nhumérisme(s) »1 : d’en définir le projet et le programme, d’en exposer les valeurs et les visions du « numérique », de nous situer dans ce champ aux contours incertains. Nous tenterons de définir ce que nous entendons par « humanisme numérique » et de justifier ce glissement assumée « des humanités à l’humanisme numérique », qui désigne peut-être moins un fait ou un processus historique irréversible, qu’un projet, une exigence, une utopie. Humanisme, d’une part, pour souligner que le numérique n’est pas seulement une affaire d’outils et de technique, mais qu’il engage plus profondément nos valeurs, nos usages, nos « traditions », nos héritages, nos identités, notre culture – qu’il est un fait de civilisation.

Humanisme, d’autre part, au sens d’une exigence quasi éthique et philosophique : les nouveaux outils numériques impliquent de nouveaux usages et de nouvelles pratiques, appellent de nouveaux concepts pour penser nos savoirs et nos pratiques, de nouvelles règles pour les évaluer, de nouvelles normes pour les réguler. Si le « numérique » est omniprésent dans notre quotidien, il reste un objet mal identifié, aux frontières mal délimitées, ne serait-ce parce qu’il pénètre toutes les disciplines et tous les « domaines de l’homme » et de la société, depuis les fronts pionniers de la science et du savoir, jusqu’aux recoins les plus intimes de notre vie quotidienne, en passant par les territoires mouvants de l’économie, la société, la politique et la démocratie, l’art et la culture. Le terme de « numérique » se situe enfin à la pliure d’un vaste éventail de jugements de valeur (allant de la technophobie à la technophilie parfois naïve sinon dangereuse) ou d’idées reçues (telles que le leitmotiv de la « révolution numérique ») qui peuvent nuire à sa réputation, et surtout à une appréhension dépassionnée de ce phénomène, sinon « neutre » ou « objective ».

Toutefois, il s’agira moins au cours de cette journée d’en imposer une définition hermétique et figée. Notre parti pris à ce stade est de laisser libre cours à la diversité des approches, des visions et des « langues » numériques : c’est pourquoi cette journée d’étude est placée sous le signe du « babélisme numérique », afin de montrer la richesse et le foisonnement d’un champ qui mute et se reconfigure perpétuellement. Diversité qui peut parfois tourner aux divisions voire aux « guerres » numériques, qui peut passer du dialogue à l’incompréhension voire à l’incommunicabilité entre diverses « communautés » numériques. Unité ou diversité, humanité ou humanité(s), humanisme ou humanisme(s) numériques ? C’est la possibilité même d’une approche unitaire ou unifiée du numérique que nous interrogerons au cours de cette journée.

Après une conférence introductive de Milad Doueihi, penseur de « l’humanisme numérique » et inspirateur de notre projet, la parole sera donnée à tour de rôle à des acteurs ou des communautés d’acteurs, essentiellement lyonnais ou rhône-alpins, qui incarnent diverses approches et pratiques numériques, dans le souci d’atteindre un maximum de représentativité – à défaut de l’exhaustivité. C’est le choix d’un duo intervenant/discutant qui a été privilégié, afin de rendre cette journée plus vivante et « interactive » : une intervention d’environ 30 minutes pour chaque intervenant sera suivie d’une réaction « à chaud » d’une dizaine de minutes par un membre du labo junior, puis d’une discussion avec la salle. Enrichis par ce tour d’horizon, nous clôturerons la journée en tentant de mieux cerner le phénomène numérique et d’en préciser les contours. Au cours d’une « table ronde » ouverte à tous ceux qui le souhaitent, interactive et improvisée, nous tenterons de dégager une définition plurielle de l’humanisme numérique, qui servira de point de départ à notre programme d’activités et nos axes de recherche futurs. Cette journée se présente donc comme une expérience de construction in situ et in progress, au fil des échanges et des témoignages, d’un « Objet Numérique Non Identifié » (ONNI), pourrait-on dire, hybride et plastique, et d’un projet de recherche interdisciplinaire encore en gestation.

Programme provisoire

Matin :
10h-10h30 : accueil des participants – ouverture de la journée
10h30-11h30 : intervention de Milad Doueihi (Laval, Québec) : Pour un humanisme numérique avec une présentation de son livre
11h30-12h30 :  Eric Guichard :  « Elites numériques : les logiques sociales à l’oeuvre dans le monde numérique »
Pause déjeuner (12h30-14h)
Après-midi :
14h-15h : Francesco Beretta ou Pierre Vernus ( LARHRA) :  Une expérience historienne du numérique et du web de données
15h-16h :  Antony McKenna ( ENS – Jean-Monnet Saint-Etienne) et Eric Lochard ! Montpellier 3)  : présentation du Logiciel ARCANE et applications à travers l’exemple de la Correspondance de Pierre Bayle ( Jean-Monnet Saint-Etienne – Eric Lochard (Montpellier 3)….
Pause café

16h15-17h15 :  Catherine BEAUGRAND (Ecole nationale des Beaux-Arts de Lyon) : « Mémoire médium » : l e numérique dans la langue des artistes

17h15-17h45 :  Table-ronde conclusive – ouverte à tous les participants : de la fécondité du mythe de Babel pour appréhender les mondes numériques – essais de définition plurielle des humanités et humanismes – programme à venir du labo junior « Nhumérismes »

Comité scientifique 
Paul Arnould ( Environnement Ville et Société – Lyon 3 )
Benoît Habert ( IXXI – Rhône Alpes)
Christian Henriot ( IAO – Lyon )
Jean-Luc Pinol (LARHRA – ENS Lyon )
La journée est ouverte à toutes celles et ceux qui s’intéressent aux humanités numériques. Nous vous attendons nombreux.  Le programme sera complété dans les prochains jours.
Contact :

Programme de la journée d’études sur la sphère publique sphère privée

Comme je l’ai annoncé lors d’un article précédent, ma collègue et amie doctorante Maria Uzcategui organise une journée d’études sous l’égide de l’Ecole doctorale 483 et du LARHRA  sur le thème « Sphère publique / Sphère privée« . Elle aura lieu le 30 mai 2013 à l’ISH Lyon, 14 avenue Berthelot, 69007 Lyon.

Il reste quelques détails à préciser, mais nous avons là une version consolidée du programme.

La journée réunira doctorants chercheurs et enseignants autour de cette thématique transversale aux sciences humaines et sociales. La journée d’études pourra être validée, pour les jeunes doctorants, comme « crédits » et heures de formation désormais nécessaires pour l’obtention du diplôme.

J’espère que les doctorants viendront nombreux pour écouter et discuter autour de ces axes de recherche qui permettront, pourquoi pas, d’amorcer une dynamique de travail en groupe.

 Programme

  • 9 : 15 – Brève présentation de la journée par Maria Uzcategui
  • 9 : 30 – Introduction à la journée d’études par M. Lionel Obadia

 » Interactions publiques, interactions privées et partage des lieux »

  • 9 : 50 – Cindy Banse, doctorante du LARHRA – Lyon 3 : « Résister sur le seuil de sa porte: les femmes et la résistance civile (le cas du sauvetage des Juifs) ».
  • 10 : 10 – Nicolas Genis,doctorant contractuel – Histoire et archéologie grecques – Lyon 2 : » La victoire individuelle/célébration collective : interactions des sphères privée et publique dans les monuments des victoires aux concours panhelléniques entre 550 et 450 av. J.-C. »
  • 10 : 30 – Philippe Bourmaud, Maître de conférences en Histoire contemporaine. Université Jean Moulin – Lyon 3. « Un seuil interculturel et mouvant : le partage des sphères publiques et privées dans le projet de règlement intérieur d’un hôpital de Jérusalem (1909) ».

10 : 50 – Débat

11 : 10 – Pause

 » les études du genre et le partage de la sphère publique »

11 : 20 – Elodie Gaden, doctorante en lettres- Université de Grenoble 3.  » Sortir des harems et investir la place publique : féministes et nationalistes égyptiennes en 1919″.

11 : 40 – Virginie Blum, doctorante en sociologie – Laboratoire Max Weber « Le privé est public: une approche par le genre. »

12 : 00 – Pascale Barthélémy, responsable de l’équipe genre et société du LARHRA. Maîtresse de conférences en Histoire contemporaine à l’ENS de Lyon.  « Genre et colonisation en Afrique : l’opposition privé/public en question »

12 : 20 – Débat

12 : 40 – Pause déjeuner

« L’homme public et sa vie privée »

14 : 30 –  Philippe Martin, professeur d’histoire moderne – Université Lyon 2, directeur de l’ISERL. « Les écrits du for privé ».

14 : 50 – Communication à préciser 

15 : 10 – Frédérique Giraud, doctorante en sociologie – ENS Lyon. « L’homme privé en interaction avec l’homme public. Comment Zola gère-t-il l’image de soi sur la scène littéraire ? »

15 : 20 – Débat

15 : 40 – Pause café

***

 Ateliers

15 : 50 – 17 : 00 Groupes de travail (évaluation de la journée d’étude sous la forme d’un exposé des acquis mettant en rapport la journée d’étude et les recherches personnelles. Cet exposé constituera une réflexion pour un devoir écrit qui peut prendre la forme d’un article – publié dans la revue de l’ED ?)

Appel à contribution aux doctorants en Sciences humaines et sociales pour une journée d’étude sur la sphère publique/sphère privée

Le collectif des doctorants en histoire du LARHRA organise une journée d’étude sur la question de l’opposition entre sphère privée et sphère publique.

 La notion de sphère, désigne l’ensemble des interactions d’un individu avec d’autres personnes. Mais ces interactions  se déroulent dans un périmètre donné selon la nature de la relation nouant l’acteur à ses interlocuteurs, l’espace public ou privé.

La Philosophie, la Sociologie, la Littérature se sont intéressées à l’opposition sphère privée, sphère publique. Jürgen Habermas a été le premier à étudier dans sa thèse de philosophie L‘espace public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, soutenue en 1962, la constitution et la place de l’espace public dans les sociétés occidentales.

Au sens habermassien, l’espace public est un espace où se déroule la vie de la Cité, et où s’exerce l’opinion publique comme arbitre et acteur des débats animant la société ; autrement dit, le lieu où l’Homme joue son rôle de citoyen (et du travailleur au service de la société) ; mais cette notion a été remise en cause par les travaux qui ont précédé la thèse de Jürgen Habermas. Mais le mot espace renvoie lui même  à une approche à la fois concrète et géographique, et abstraite, c’est-à-dire intellectuelle.  Stéphane Van Damme a examiné les critiques et les innovations apportées à la notion d’espace public dans un article « Farewell Habermas ? Deux décennies d’études sur l’espace public. » <2>

Mais les notions de sphère publique et de sphère privée ont une définition polysémique selon l’angle d’étude abordé : juridique, sociologique, philosophique. Et d’ailleurs, qu’appelle-t-on le public ? Au XVIIe siècle, le public est cette frange lettrée de la population (noblesse et haute bourgeoisie) capable de juger toute production intellectuelle ou littéraire à l’aide de la Raison. Hélène Merlin a donné une étude magistrale de la notion de public au Grand Siècle, <1> bien différente de celle que l’on connaît en ce début de XXIe siècle

L’historien s’appuie sur des sources pour construire son travail. Ces documents sont d’ordre privé, ou d’ordre public. On oppose traditionnellement les sources du for privé (correspondant aux ego-documents c’est-à-dire les journaux intimes, la correspondance privée, etc.), aux documents publics (décisions de justice, documents administratifs, lettres d’ordre « professionnel »).

Ces documents sont des traces des interactions sociales et intellectuelles entre les agents dans le champ de l’espace public. Car c’est cet espace qui organise et distribue les relations entre individus, et c’est dans cet espace que les motivations et les actions élaborées dans la sphère de l’intimité trouvent leur accomplissement.

Hannah Arendt a aussi écrit dans la Condition de l’homme moderne et la Crise de la culture sur la disparition de la sphère publique, supplantée par la  sphère privée apparue avec l’affirmation de la bourgeoisie et de son mode de vie au XVIIIe siècle.

Aujourd’hui, les juristes constatent que la frontière entre sphère privée et sphère publique s’est distendue en raison de l’apparition de nouveaux usages de sociabilité sur le Web, avec l’apparition des réseaux sociaux et des interactions entre utilisateurs.

Notre petit groupe des doctorants du LARHRA souhaite organiser une journée d’étude interdisciplinaire autour de ces notions de sphère publique et de sphère privée. Selon l’afflux de communications, cette manifestation pourrait se dérouler sur deux jours avec la présence de nombreux doctorants, maîtres de conférences et professeurs du LARHRA.

Trois thèmes sont proposés par Maria Uzcategui :

1.      De la sphère privée à la sphère publique : La publicité des idées et des motivations intimes : le cas des correspondances privées ; les journaux intimes, les mémoires individuelles et la mémoire collective, le rôle des mass-médias.

2.      De la sphère publique à la sphère privée : La liberté de culte/ la laïcité ; la liberté d’expression/ la censure (dictatures, régimes totalitaires, interdiction des partis politiques…).

3.      L’opposition sphère publique/ sphère privée est assimilable à celle d’espace public et d’espace intime ?

 

Nous lançons donc un appel à contribution à l’ensemble des doctorants en sciences humaines et sociales (Histoire, Géographie, Droit, Sociologie, Philosophie, Lettres, sciences de la communication), sur ces thématiques de la sphère publique et de la sphère privée ; leur définition, leur application dans le champ des sciences de l’Homme. 

Nous avons prévu d’organiser cette journée au printemps 2013 à une date qui reste à fixer. La date butoir d’envois des contributions est elle fixée provisoirement au 1er mars 2013.

Envoyez nous le titre de votre communication et un résumé d’une vingtaine de lignes.

Vous pouvez nous contacter par courriel (en précisant dans l’objet de votre mail l’appel à contribution),

Maria Uzcategui : maum79@hotmail.com

Yves Moreau :  yvesmoreau99@msn.com ; ou yves.moreau@univ-lyon3.fr

Bien entendu, nous communiquerons via les réseaux sociaux et par courriel sur l’organisation de cet événement et son  déroulement.

<1> Public et Littérature en France au XVIIe siècle, Paris, Les Belles Lettres, 1994, rééd. 2004 .

<2> Article paru dans Les dossiers du GRIHLhttp://dossiersgrihl.revues.org/682#quotation