Retour sur les JIPES 2017

Logo JIPES

Les 26 et 27 septembre 2017, la DGESIP du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche organisait à l’université Paris 5 sur le campus de Jussieu les Journées nationales de l’Innovation pédagogique dans l’Enseignement supérieur (JIPES)

Les JIPES portaient sur la personnalisation des parcours et des pratiques. J’y ai assisté. Ce billet a pour objet d’apporter une synthèse agrémentée de quelques réflexions personnelles. Elles n’engagent pas mon établissement. 

Lire la suite

Publicités

Les Journées du E-Learning les 26 et 27 juin 2014 : la qualité au profit de l’apprentissage

img_mailing

Comme chaque année, j’assure la fonction de gestionnaire de communauté sur le Web pour l’événement organisé par mon service : les Journées du E-Learning. En dépit d’un thème, le E-Learning qui pourrait apparaître peu porteur, les Journées du E-Learning restent le principal événement de l’université Lyon 3 par sa fréquentation, de 400 à 500 personnes par an, sur deux jours.

Cette année, le thème abordé est celui de la « qualité au profit de l’apprentissage » et plus précisément de l’approche itérative symbolisée par la roue de William Deming « Plan Do Check Act »  : toute action doit être soumise à une évaluation qui conditionnera à nouveau une action.

L’enjeu de cette approche dans le domaine techno-pédagogique est de développer la qualité de l’apprentissage à l’aide du numérique.

Le programme et les inscriptions se font sur le site des Journées du E-Learning.

Le programme de la plénière s’annonce particulièrement alléchant avec la présence du philosophe Bernard Stiegler, de l’avocat Olivier Iteanu, de France Henri membre de la TELUQ, et peut-être de la présidente de la CNIL, Isabelle Falque Pierrotin.

Des ateliers sont aussi prévus et en cours de constitution. Ils seront disponibles sur le site des Journées et il faudra s’inscrire pour y participer.

Les inscriptions sont gratuites pour les personnes issues du secteur public (Compter 30 euro si vous souhaitez déjeuner sur place les deux jours), et 95 euro pour les personnes du secteur privé (repas inclus).

La plénière sera retransmise en live sur le site des Journées, et de même pour les tables rondes que nous organiserons en atelier autour de sujets liés à la massification du e-learning (MOOC, enjeux juridiques, etc…)

On se voit à Lyon les 26 et 27 juin ?

 

La bande dessinée à l’ère numérique : la narration entre continuité et expérimentation

Media Entity, BD d'anticipation ( ressource Licence CC BY-NC-SA 3.0.)

Media Entity, BD d’anticipation ( ressource Licence CC BY-NC-SA 3.0.)

Le laboratoire Nhumerisme a co-organisé une journée d’études consacrée à la bande dessinée à l’heure du numérique le 7 novembre à l’Ecole normale supérieure de Lyon.

Nous avons pu entendre plusieurs acteurs du monde de la Bande dessinée nous parle de leurs lien avec le numérique : auteurs, scénaristes, éditeurs, et chercheurs avec des approches différentes.

Tout d’abord, Kris et ont évoqué la Revue Dessinée. Cette publication créée récemment joue sur les supports, papiers et numériques, pour proposer un produit au contenu assez classique. La revue dessinée est une revue qui traite d’actualité par le dessin. Son fonctionnement est éclaté géographiquement entre Lyon et Paris. Mais le groupe mise surtout sur le support papier. Le numérique n’est qu’un support d’appoint pour attirer les lecteurs. Le numérique n’est vu que dans la continuité du papier. Une application iPad (et pas seulement Androïd) permet certes d’acheter une version numérique, mais elle n’est qu’une version numérisée du support physique. D’autre part, le nombre d’achats sur support numérique est limité. La France n’est pas un marché propice à ce genre de format.

L’approche des dessinateurs est classique et conforte ce que nous disait Milad Doueihi au mois d’octobre : que ce soit sur laptop ou sur l’écran de l’ordinateur, le numérique se conçoit comme un prolongement de la culture papier.  La revue numérique est une revue traditionnelle, mais de manière générale j’ai découvert que le public amateur de BD est un public conservateur. De fait, la Revue n’expérimente pas les possibilités offertes par le numérique  pour enrichir le récit, alterner les points de vue, dynamiser le dessin.

L’après-midi fut plus riche en expérimentation numérique. Lna Morandi nous a présenté son projet de BD interactive proposé dans le cadre de son cursus à l’école Emile Kohl. Klash est une BD partant d’un fait divers particulier : comment une coiffeuse russe experte en karaté a séquestré son agresseur pendant plusieurs jours. De cette actualité, Lna a imaginé un scénario interactif avec une atmosphère vraiment prenante. Le récit suit plusieurs pistes, les points de vue sont multipliés puis Lna a imaginé un scenario autour de deux personnages. Klash est conçu pour une utilisation numérique sur tablette, avec une approche turbo média (1). Le récit lui même est résumé de façon visuelle : les récits possibles et le fil conducteur sont montrés sous la forme d’un plan de métro, avec ses lignes (de fuite) et ses stations (scénaristiques).

Mais le projet le plus abouti et le plus « numérique » reste Media Entity, une BD d’anticipation. Présentée par son scénariste, Simon, Media Entity joue la carte du numérique et de la réalité augmentée par une approche à la fois turbo média et trans média (2). Le scenario même par lui même de réseaux sociaux : l’altération ou la corruption d’identité sur les réseaux sociaux par le fait que votre profil « mute » et se mette à agir de façon incontrôlable. Media Entity  entraîne  le lecteur dans un récit immersif mêlant papier, web, e-book, sur de multiples supports : smartphones, tablettes, avec pour les plus motivés un jeu de pistes dans plusieurs villes d’Europe.

En écho à ces projets, Julien Falgas (Université de Lorraine) et Pascal Robert (ENSSIB – Lyon) ont donné l’avis de chercheurs sur la Bande Dessinée à l’ère du numérique. En tant que doctorant, Julien a retracé l’histoire déjà riche de la BD sur le web, en insistant sur la notion d’hybridation. Pascal Robert a lui insisté sur le jeu de miroir entre BD et numérique. La bande dessinée est ainsi montrée dans sa filiation à la littérature. La BD n’est qu’une mise en « image » de la narration. En revanche, et malgré un apparentement évident, la BD a plus de mal avec le numérique. D’abord au niveau de la narration. Klash et Media Entity ont ainsi montré comment la logique d’une narration linéaire peut-être brouillée par le numérique par le recours aux nouvelles technologies. Le medium écran et la réactivité que peut apporter le numérique transforme radicalement le rapport à la temporalité et à la narration si il est astucieusement employé et scénarisé. Mais selon M. Robert,  le rapport pourrait être inverse : le numérique aurait aussi apprendre de la Bande Dessinée. Les connivences sont là, évidentes : les limites du cadres, le graphisme et le visuel, l’écrit aussi…

Voilà donc l’enseignement de cette journée ! Si la Bande Dessinée peut se trouver bouleversée par le numérique tout en contribuant à son évolution, pourquoi les humanités ne pourraient le faire ? Renversons les perspectives ! Interrogeons nous, comme M. Robert sur l’apport des sciences humaines et sociales au numérique. N’y-a-t-il pas une généalogie, et des enseignements à en tirer ? C’est ce que à quoi le laboratoire Nhumerisme s’attèle : démêler l’écheveau de ces liens qui connectent le chercheur au monde digital.

_________________________

(1) Turbo média : scénarisation d’une BD jouant sur les modalités de lecture offertes par les outils et supports numériques. On est souvent proche d’une lecture de type « diaporama » jouant sur l’interactivité du support (espace de l’écran temporalité du clic, visibilité des images…). On sort de la linéarité narrative classique proposée par le format papier.

(2) Trans média : hybridation de la BD avec d’autres supports numériques ou non : tablettes, smartphones, papier…

L’unité des humanités numériques : mythe ou réalité ?

La journée d’études inaugurale  du laboratoire junior Nhumerisme de l’Ecole normale supérieure de Lyon  intitulée « la Tour de Babel numérique » s’est tenue le 15 octobre 2013. Ce fut un véritable moment d’échanges et de réflexion autour des humanités numériques. La diversités des interventions nous a montré à quel point l’unité des humanités numériques peut être un leurre…

Les humanités numériques mal nommées

Milad Doueihi  (Université de Laval, Québec) et Frank Girard (ENSSIB, Villeurbanne) partent d’un constat : l’expression même d’humanités numériques est mal choisi.

Le mot d’humanités est pris dans un sens catégoriel : l’ensemble des disciplines des Sciences humaines et sociales.

Le numérique est pris dans un sens différent que ce qu’il définit : le nombre, la masse infinie de données. Il s’agit ici de la dématérialisation de données par le bais des outils informatiques.

Les humanités numériques définiraient donc le processus de digitalisation des sciences humaines et sociales. la définition élude en revanche la réflexivité et les transformations qui s’opèrent par le numérique dans le champ de la Recherche : la technicisation des pratiques d’écriture et de traitement des données. Il conviendrait selon Milad Doueihi de ne plus parler d’humanités numériques mais d’humanisme numérique. En effet, le recours au numérique est uniquement pensé en terme d’instrumentalisation, mais pas en terme de culture. Le numérique modifie radicalement notre rapport au temps, à l’espace et au monde.. Cette conversion numérique, déjà actée dans les usages n’est que rarement pensée sur le plan méthodologique.  Elle n’estompe pas non plus le cloisonnement des champs disciplinaires,  même si le numérique favorise l’établissement de passerelles entre les sciences humaines et sociales sur des objets de recherche communs. Il y a un assujettissement de la technique à la Discipline.

Voir la vidéo de Milad Doueihi

Deux projets différents, deux pratiques distinctes

La présentation des projet Symogih initié en 2007 et dirigé par Francesco Beretta ( CNRS – LARHRA ) et du logiciel Arcane élaboré par Eric Olivier Lochard (Université Montpellier 3) montrent deux logiques différentes dans l’utilisation du numérique. Symogih (Système de Gestion de l’information historique) d’abord a une double finalité

d’une part, mettre au point un système de stockage informatique de l’information historique, à la fois ouvert et collectif, indépendant de la période étudiée ; d’autre part, tirer profit des logiciels existants, si possible gratuits et open source, afin d’exploiter et d’analyser les données récoltées en leur appliquant des outils de cartographie, d’analyse des réseaux, de statistique, d’analyse factorielle, etc.

Les utilisateurs contribuent collectivement à l’élaboration des types d’information et saisissent sur une appli web leurs propres données. A chaque information, une identifiant est créé que l’on peut mettre en relation avec d’autres informations selon des types définis. Les utilisateurs doivent donc connaitre un minimum les architectures de bases de données ( ici le système MERISE), les modélisation des données et éventuellement les opérations d’extractions de données pour exploiter leurs ressources.  Simogyh vise sur l’effet cumulatif pour produire une masse critique d’informations éventuellement réutilisables (biographies, événements)  par la communauté des utilisateurs, une quarantaine actuellement (dont ma pomme). Symogih se veut une plateforme intégrée aux pratiques de recherche des utilisateurs, un outil du quotidien, en évolution constante selon les besoins de la Communauté.

Le logiciel Arcane suit un autre principe et n’est pas une base de données mais un logiciel d’édition.  Arcane est un pionnier en France. Créé en 1996, il avait pour but de donner proposer une alternative à l’éditeur de texte Word.  Le téléchargement doit se faire sur l’ordinateur du chercheur. Arcane efface volontairement toute implication de l’utilisateur en informatique. Les connaissances techniques sont restreintes pour l’utilisateur, lequel importe ses données ( textuelles)  et peut les exploiter de plusieurs manière : lexicométrique, textométrique, cartographique et statistiques.

Antony McKenna (Université de Sant-Etienne) donna un aperçu de l’étendue des possibilités d’Arcane avec la correspondance de Pierre Bayle éditée sous format papier (via un éditeur TEX) et une mise en ligne (par XML-TEI et et un CMS de type SPIP), la mise en relation des réseaux de correspondants. Contrairement à Symogih, la communication sur l’existence d’Arcane est restreinte. Le logiciel n’est pas distribué de façon massive, mais au compte-goutte en dépit d’avantages indéniables.

Il s’agit de deux visions différentes des rapports du chercheur au numérique. Pour Francesco Beretta, le chercheur doit s’impliquer dans le numérique et s’implique dans un démarche de travail collaboratif. Cette implication, lui apporte en dépit de moments difficiles dans la prise en main, des compétences informatiques et numériques ( encodage, exploitation de données, édition web) qu’il peut valoriser dans le cadre de ses activités et de son cursus. Arcane au contraire propose une solution clé en main où les compétences requises pour sa manipulation sont minimes.

Questionnements

Mais la tour de Babel des humanités numériques n’est-elle pas déjà un entre-soi, une élite de chercheurs utilisant les outils pour leur propre compte, bref une praxis hermétique du fait des compétences à acquérir ?

Le numérique est un savoir-écrire un prolongement de la civilisation du livre : que ce soit du code ou du texte, des pratiques rédactionnelles sont requises pour intégrer le numérique à son travail de recherche. Pour Franck Girard, c’est là un enjeu majeur pour la Recherche en France : former son personnel au numérique.

Ce medium qu’est l’écran, doit aussi amener à une réflexivité, une « scénarisation technique » dans le champ de nos disciplines. Le chercheur doit opérer des choix d’outils utiles à son travail et le résultat envisagé. Christine Beaugrand ( Ecole nationale supérieur des beaux-arts, Lyon) nous a ainsi fait part du peu de réflexion fait par les artistes autour des médias numériques. A travers le groupe DatAData, elle essaie de faire réfléchir artistes et étudiants en arts sur l’apport et les usages possibles des médias numériques. Ces médias sont pourtant ce qui lie entre eux des pratiques et des disciplines, mais nous pouvons envisager bien plus.

Tout cela conduit à parler d’une acculturation nécessaire du chercheur. Abandonner progressivement, sans les renier, les oripeaux de la culture du livre pour la culture numérique fondée sur l’ouverture des données et les expériences collaboratives d’écriture, de pratiques. Il ne s’agit pas d’imposer des pratiques, mais de les adapter à la révolution technologique en cours C’est l’humanisme numérique pour lequel plaide Milad Doueihi. Le numérique modifie notre rapport au temps à l’espace et à nous même selon un idéal d’ouverture, de partage. C’est in fine le but de la Recherche : concourir au progrès des sciences et à l’intérêt commun.

Le laboratoire junior Nhumerisme réfléchira au cours des prochains mois sur les pratiques numériques en matière de recherche. Des journées d’études et des ateliers seront organisés au cours de l’année universitaire.

Journées d’études « la Tour de Babel numérique », le 15 octobre 2013

J’ai l’honneur de faire partie d’un labo junior à l’Ecole normale supérieur de Lyon baptisé Nhumérisme. et dédié aux humanités numériques dans le cadre de la recherche en sciences humaines et sociales.
Nous inaugurons une année de rencontres et séminaires par une journée d’étude le 15 octobre

La « Tour de Babel numérique »

journée d’étude inaugurale du labo junior « Nhumérisme »

– mardi 15 octobre 2013 –

10h-18h

Amphithéâtre Descartes, ENS Lyon, site Descartes (LSH)

Cette première journée d’étude a d’abord pour but de présenter le tout nouveau labo junior « Nhumérisme(s) »1 : d’en définir le projet et le programme, d’en exposer les valeurs et les visions du « numérique », de nous situer dans ce champ aux contours incertains. Nous tenterons de définir ce que nous entendons par « humanisme numérique » et de justifier ce glissement assumée « des humanités à l’humanisme numérique », qui désigne peut-être moins un fait ou un processus historique irréversible, qu’un projet, une exigence, une utopie. Humanisme, d’une part, pour souligner que le numérique n’est pas seulement une affaire d’outils et de technique, mais qu’il engage plus profondément nos valeurs, nos usages, nos « traditions », nos héritages, nos identités, notre culture – qu’il est un fait de civilisation.

Humanisme, d’autre part, au sens d’une exigence quasi éthique et philosophique : les nouveaux outils numériques impliquent de nouveaux usages et de nouvelles pratiques, appellent de nouveaux concepts pour penser nos savoirs et nos pratiques, de nouvelles règles pour les évaluer, de nouvelles normes pour les réguler. Si le « numérique » est omniprésent dans notre quotidien, il reste un objet mal identifié, aux frontières mal délimitées, ne serait-ce parce qu’il pénètre toutes les disciplines et tous les « domaines de l’homme » et de la société, depuis les fronts pionniers de la science et du savoir, jusqu’aux recoins les plus intimes de notre vie quotidienne, en passant par les territoires mouvants de l’économie, la société, la politique et la démocratie, l’art et la culture. Le terme de « numérique » se situe enfin à la pliure d’un vaste éventail de jugements de valeur (allant de la technophobie à la technophilie parfois naïve sinon dangereuse) ou d’idées reçues (telles que le leitmotiv de la « révolution numérique ») qui peuvent nuire à sa réputation, et surtout à une appréhension dépassionnée de ce phénomène, sinon « neutre » ou « objective ».

Toutefois, il s’agira moins au cours de cette journée d’en imposer une définition hermétique et figée. Notre parti pris à ce stade est de laisser libre cours à la diversité des approches, des visions et des « langues » numériques : c’est pourquoi cette journée d’étude est placée sous le signe du « babélisme numérique », afin de montrer la richesse et le foisonnement d’un champ qui mute et se reconfigure perpétuellement. Diversité qui peut parfois tourner aux divisions voire aux « guerres » numériques, qui peut passer du dialogue à l’incompréhension voire à l’incommunicabilité entre diverses « communautés » numériques. Unité ou diversité, humanité ou humanité(s), humanisme ou humanisme(s) numériques ? C’est la possibilité même d’une approche unitaire ou unifiée du numérique que nous interrogerons au cours de cette journée.

Après une conférence introductive de Milad Doueihi, penseur de « l’humanisme numérique » et inspirateur de notre projet, la parole sera donnée à tour de rôle à des acteurs ou des communautés d’acteurs, essentiellement lyonnais ou rhône-alpins, qui incarnent diverses approches et pratiques numériques, dans le souci d’atteindre un maximum de représentativité – à défaut de l’exhaustivité. C’est le choix d’un duo intervenant/discutant qui a été privilégié, afin de rendre cette journée plus vivante et « interactive » : une intervention d’environ 30 minutes pour chaque intervenant sera suivie d’une réaction « à chaud » d’une dizaine de minutes par un membre du labo junior, puis d’une discussion avec la salle. Enrichis par ce tour d’horizon, nous clôturerons la journée en tentant de mieux cerner le phénomène numérique et d’en préciser les contours. Au cours d’une « table ronde » ouverte à tous ceux qui le souhaitent, interactive et improvisée, nous tenterons de dégager une définition plurielle de l’humanisme numérique, qui servira de point de départ à notre programme d’activités et nos axes de recherche futurs. Cette journée se présente donc comme une expérience de construction in situ et in progress, au fil des échanges et des témoignages, d’un « Objet Numérique Non Identifié » (ONNI), pourrait-on dire, hybride et plastique, et d’un projet de recherche interdisciplinaire encore en gestation.

Programme provisoire

Matin :
10h-10h30 : accueil des participants – ouverture de la journée
10h30-11h30 : intervention de Milad Doueihi (Laval, Québec) : Pour un humanisme numérique avec une présentation de son livre
11h30-12h30 :  Eric Guichard :  « Elites numériques : les logiques sociales à l’oeuvre dans le monde numérique »
Pause déjeuner (12h30-14h)
Après-midi :
14h-15h : Francesco Beretta ou Pierre Vernus ( LARHRA) :  Une expérience historienne du numérique et du web de données
15h-16h :  Antony McKenna ( ENS – Jean-Monnet Saint-Etienne) et Eric Lochard ! Montpellier 3)  : présentation du Logiciel ARCANE et applications à travers l’exemple de la Correspondance de Pierre Bayle ( Jean-Monnet Saint-Etienne – Eric Lochard (Montpellier 3)….
Pause café

16h15-17h15 :  Catherine BEAUGRAND (Ecole nationale des Beaux-Arts de Lyon) : « Mémoire médium » : l e numérique dans la langue des artistes

17h15-17h45 :  Table-ronde conclusive – ouverte à tous les participants : de la fécondité du mythe de Babel pour appréhender les mondes numériques – essais de définition plurielle des humanités et humanismes – programme à venir du labo junior « Nhumérismes »

Comité scientifique 
Paul Arnould ( Environnement Ville et Société – Lyon 3 )
Benoît Habert ( IXXI – Rhône Alpes)
Christian Henriot ( IAO – Lyon )
Jean-Luc Pinol (LARHRA – ENS Lyon )
La journée est ouverte à toutes celles et ceux qui s’intéressent aux humanités numériques. Nous vous attendons nombreux.  Le programme sera complété dans les prochains jours.
Contact :

Digiphrénie et temporalité numérique

C’est en écoutant l’excellente émission radiophonique La Planète Bleue de Yves Blanc que j’ai découvert le travail de Douglas Rushkoff sur la modificiation perception de la temporalité par les nouvelles technologies. Ce livre est paru cette année sous le titre, Present Shock : When everything Happens Now,

Ce que dit Rushkoff dans son ouvrage (que je pense acheter) et cet interview dans le quotidien Libération, c’est que l’essor du numérique et en particulier des réseaux sociaux a favorisé un « ultra présentisme », qu’impose la réactivité des médias numériques.

Si le XXe siècle était celui du futurisme et des utopies, le XXIe siècle serait celui du présentisme. Nous sommes sans cesse distraits par nos gadgets technologiques : téléphones mobiles, ordinateurs, tablettes. Ca vibre, ça sonne, ça alerte, ça signale, ce sont autant d’injonctions à répondre à l’urgence, à favoriser l’instantanéité au détriment de la réflexion et du temps long.

Cela conduit selon Rushkoff à une digiphrénie, une schizophrénie digitale, où maîtriser notre identité numérique, et les sollicitations constantes de nos appareils s’avère vaine. Le chercheur note que cette maîtrise est vaine puisqu’impossible et engendre la frustration chez l’utilisateur. J’utiliserai désormais ce terme car il correspond aux problématiques de la e-reputation que nous tentons d’exposer aux étudiants et aux enseignants.

La question de la temporalité est aussi un sujet passionnant à étudier lorsqu’on s’intéresse au numérique. L’accaparement des facultés de l’utilisateur qu’exigent les appareils informatiques modifient la perception de la temporalité que nous avons.  Du point de vue de la pratique, comment expliquer que le temps semble passer plus vite lorsqu’on joue à World of Warcraft, ou lorsqu’on s’adonne à l’exploitation de données sur tableur ?

L’avènement du web 2.0 semble avoir accéléré le temps, et les délais de réactivité sont de plus en plus restreints, au détriment de la réflexion individuelle ou collective.

Voici un exemple tiré de l’affaire Bradley Manning.

Ce soldat américain de 25 ans qui donna des informations militaires à Wikileaks fut condamné le 21 août 2013 à 35 années de prison par un tribunal. Le lendemain de sa condamnation, le 22 août, Manning annonce vouloir changer de sexe et se faire appeller Chelsea. Les réactions sur l’article Wikipedia consacré au militaire sont quasi immédiates avec des changements entiers de notice, et la prise en compte de la transidentité de l’intéressé(e) en remplaçant « il » par « elle », effectué par des militants transgenre.

A gauche la version augmentée du 23/8 suite aux propos de Manning. A droite, la version proposée sur WP le 24 août

A gauche la version augmentée du 23/8 suite aux propos de Manning. A droite, la version proposée sur WP le 24 août

Wikipedia n’est pas un site militant, mais une encyclopédie collaborative. Le choix de Wikipedia reste le statu quo sur l’identité de Manning, en ne signalant que la volonté de changer de sexe et prénom. Les corrections apportées par les contributeurs sont effacées. Les réactions sur Twitter sont animées. Ce matin Rémi Mathis s’est vu dans l’obligation de défendre les choix de Wikipedia.

Cet exemple aux enjeux importants sur la question du Genre ( que nous n’aborderons pas ) montre ici la réactivité quasi immédiate à l’information sur les réseaux sociaux et les sites collaboratifs. Les délais entre le déroulement d’un événement, la diffusion de l’information et ses conséquences n’ont jamais été aussi courts, quitte à manquer dans cette frénésie de réflexivité sur l’information elle même. Ce rythme effrenée et circulatoire condamne d’emblée toute latence comme une faute.

La temporalité est devenu un enjeu économique et politiques dans nos sociétés confortée par l’addiction aux supports et médias numériques.
A l’opposé à cette réactivité à l’information se développe le mouvement slow : slow food, slow cities... L’enjeu est de reprendre le temps perdu à la technologie pour remettre l’homme et les activités essentielles à son épanouissement (gastronomie, culture, savoir, sociabilité), au coeur de nos sociétés. C’est s’accorder du temps, en reprendre la mesure, redécouvrir que notre monde fonctionne de manière diachronique : le rythme des saisons n’est pas celui du salarié au quotidien ni celui de l’Univers.