Un learning lab pour l’université Lyon 3

L’université Jean Moulin Lyon 3 vient de se doter d’un nouvel outil propice aux nouvelles formes d’enseignement par le numérique. Le learning lab propose non seulement une palette d’outils numériques destinés à tous les usages pédagogiques, du modèle transmissif au modèle constructiviste ; mais il propose aussi une nouvelle définition de l’enseignement dans l’espace par un nouveau mobilier incitant à repenser l’espace de formation.

Le learning lab est doté :

  • d’un tableau blanc interactif
  • d’une table de travail en groupe et de webconférence avec connectique intégrée
  • d’écrans pour projeter diaporamas et vidéos
  • d’une douzaine de sièges de type node
  • d’un mur blanc réinscriptible
  • d’un espace « doux » composé de canapés, de tablettes et d’une connectique intégrée au mobilier
  • de tables hautes pour un travail individuel.

Le learning lab est déjà utilisé pour des cours et des formations dispensés au sein de l’université. Nous menons également une réflexion dans une optique différente de la pédagogie. Ce lieu doit devenir une interface entre notre service et les enseignants sur la questions des usages, y compris en matière de recherche. J’ai ainsi élaboré une offre de formation aux outils numériques sous forme « d’install parties » pour accompagner les enseignants dans le téléchargement ou la manipulation d’applications.

Par exemple, je vais donner une formation de prise en main du logiciel anti-plagiat Ephorus, accessible aux enseignants par le biais de notre plateforme Moodle. Dans un mois, le format prendra une connotation plus « install party » puisque j’aiderai les enseignants à utiliser les logiciels de bookmarking Mendeley et Zotero.

Ce ne sont là que des possibilités d’usage parmi tant d’autres. Le learning lab va aussi servir de lieu de tournage pour enregistrer des vidéos de cours pour une formation de la faculté des langues.

Je pense que les learning labs sont des endroits propices à l’éclosion de nouveaux usages numériques chez les enseignants. Il nous véritablement des « tiers-lieux », où l’on puisse, entre échanges formels et informels, produire et organiser l’enseignement universitaire du XXIe siècle, ancré au numérique sans que ce dernier se substitue toutefois aux rapports humains essentiels entre apprenants et enseignants.

Université et pédagogie : partager les expériences

Enseignants dans un amphithéâtre de l’université des Antilles-Guyane, Cayenne, mars 2006.

Il est des lectures comme des gens qui modifient sensiblement votre vision de voir les choses, comme cette enseignante que j’ai rencontré récemment sur la pédagogie. On a trop tendance dans l’enseignement supérieur à vouloir évacuer cette question pourtant essentielle. Oui, on peut faire de la pédagogie purement universitaire. C’est une question d’adaptation au public étudiant qui n’est plus le même qu’il y a dix, vingt ou trente ans en terme, mais aussi aux enjeux intradisciplinaires et extradisciplinaires : meilleure acquisition d’une méthodologie de compétences et de savoirs, taux de réussite et d’insertion, réputation d’une formation, d’une faculté et même de l’établissement.

Mais tout dépend de la façon de transmettre des savoirs et des compétences. Comme enseignant, on peut préférer la façon toute française et scolastique d’enseigner avec un rapport vertical au savoir, de l’enseignant qui « délivre » un savoir, à l’enseignant qui prend note et doit assimiler le contenu du cours.Cette forme de magistère est bien adaptée en sciences humaines et sociales au recrutement des enseignants. Objectivement, qu’on soit en Histoire ou en Lettres, les enseignants sont tous passés peu ou prou par plusieurs étapes essentielles pour obtenir leur poste d’enseignant chercheur, au prix d’un dur labeur. A l’opposé, les nouvelles formes de pédagogie comme les classes inversées, où le rapport au savoir, co-construit, se nourrissant de relations horizontales est souvent mal vu par les enseignants chercheurs. Elles remettent en cause leur rôle traditionnel qui n’est  plus le garant et le passeur unique des savoirs. Il joue désormais le rôle de guide, de tuteur, celui qui va donner aux étudiants une méthode, des savoir-faire pour interpréter correctement ces connaissances disciplinaires. Cela peut passer par des ateliers, une scénarisation par plusieurs activités pédagogiques problematisées, des échanges plus importants entre l’enseignant et les étudiants. Bref, la nouveauté radicale c’est que l’étudiant est bien plus actif dans le processus d’acquisition des savoirs, et l’enseignant s’efface en « vieux sage » pour guider les étudiants dans les dédales. Cette nouvelle forme d’enseignement, et le rôle même d’animateur, découlent d’une révolution « techno-pédagogique » à mon sens inéluctable.

Cela a de quoi perturber nos enseignants en France, mais dans le monde anglo-saxon, ces nouvelles formes de cours sont en place depuis plusieurs décennies déjà. Dès lors, on comprend mieux le malaise de nombreux enseignants-chercheurs face à ces formes de pédagogie que quelques apologistes un peu trop zélés voudraient étendre partout.  Pourtant, le public étudiant change au fil des années. Les néo-inscrits dans l’enseignement supérieur sont souvent désarmés face au monde universitaire qu’ils découvrent. Ces étudiants et leur désir d’encadrement sont en totale inadéquation avec le monde académique qui exige de la rigueur et de l’autonomie. Les étudiants de Licence sont demandeurs de solutions rassurantes leur permettant de mieux assimiler les cours. La pédagogie est donc parfaitement légitime dans le milieu universitaire si elle permet aux étudiants de gagner en autonomie et en savoir-faire.

Il ne s’agit pas de reproduire la pédagogie du secondaire, mais bien de trouver une nouvelle façon d’enseigner en prenant en compte les changements de l’ère numérique : l’arrivée des digital natives et l’accès à une masse considérable de connaissances par le web. De là une question : comment valoriser la pédagogie à l’université ? Et comment l’apprendre puisqu’on a aucune formation ou presque pour les enseignants chercheurs ?

Hormis une valorisation liée aux questions de service et de rémunération  (primes, etc.), je souhaite concrétiser le projet d’un « séminaire » sur la pédagogie à la fois formateur et valorisant. Il ne s’agit pas de théorie, mais d’un échange, entre enseignants chercheurs autour du témoignage d’un des leurs. Font-il de la pédagogie et comment ? Avec des outils numériques ? Et la scénarisation, il y en a ?

Cette idée a germée à l’issue d’une rencontre avec une enseignante d’Anglais, celle que j’évoquais dans les premières lignes de ce billet. Sa vision de la pédagogie et de l’enseignement en général, à la fois généreux mais exigeant, insiste beaucoup sur les questions de pédagogie davantage prises en compte dans les universités anglo-saxonnes qu’elle a pu fréquenter dans sa carrière. Si la pédagogie est l’art de transmettre, elle doit aussi créer le cadre facilitant cette transmission. L’art réside bien dans ce délicat mélange entre transmission et condition d’échanges. Il n’y a pas de recettes toutes faites, chaque enseignant a la sienne.

Si nous pouvons créer, avec ce séminaire une communauté de pratiques autour de cette question, je considérerai mon devoir d’ingénieur pédagogique comme accompli. 🙂

Enseignement et recherche universitaire : hybrider les pratiques numériques

J’ai évoqué lors d’un billet précédent comment j’avais formé un enseignant sur Zotero pour l’aider dans son travail de chercheur. De cette expérience, m’est venue l’idée encore confuse que le développement numérique à l’université se nourrissait chez les enseignants-chercheurs d’interpénétrations entre leurs pratiques de chercheur et d’enseignant.

Cette intuition se base sur un constat simple. En France, dans le milieu universitaire, les enseignants sont (pour une majorité) aussi des chercheurs. Surtout des chercheurs, l’activité semble plus valorisante. Celui-ci se pose la question de la pertinence d’outils numériques à vocation pédagogique.

De là l’idée de proposer aux enseignants une hybridation des pratiques. Si nous voulons vraiment accompagner efficacement les enseignants en pédagogie numérique , il faut être pragmatique et adopter une « politique des petits pas », à défaut d’avoir une stratégie d’établissement portée par une équipe dirigeante capable de comprendre et d’anticiper les usages. Cette pragmatique passe par l’adaptation et l’hybridation des pratiques en ayant recours à un medium. Une bibliographie Zotero ou une formule mathématique écrite sous LaTeX peuvent par exemple très bien être exportables sur Moodle par la mise en place de plug-in. La plateforme Moodle se prête bien à ce rôle d’intermédiaire par sa flexibilité.

Par effet de ricochet, cette hybridation est aussi profitable aux étudiants puisqu’ils acquièrent une pratique raisonné et disciplinaire des outils numériques par leur manipulation. On peut aussi pousser plus loin ces usages par l’enseignement d’une méthodologie scientifique propre à chaque matière en ayant recours aux outils utilisés par les enseignants. Par exemple, la rédaction d’un mémoire de M1 peut se faire en LaTeX ou la recherche documentaire par le recours aux moteurs de recherche spécialisés comme Isidore… Pour peu, bien sûr qu’on en enseigne les rudiments !

Peut-être faut-il raisonner de façon systémique si l’on veut embrasser l’ensemble des interactions possibles entre les usages du chercheurs, de l’enseignant et l’avantage qu’on peut en tirer (gain de temps car les outils sont familiers et utilisés fréquemment, amélioration qualitative des cours et des échanges avec les étudiants…) Nous aurions tout à gagner à penser un enseignement numérique en partant du concret c’est-à-dire des usages…

Voilà où en est l’état de ma réflexion sur ces pratiques hybrides qui est amenée à évoluer (comme toute idée !). Nous allons tenter de façon très informelle avec mon compère enseignant évoqué dans les premières lignes [1], d’appliquer ce principe d’hybridation dans le cadre d’un cours où nous mettrons les étudiants à contribution. Si ce projet se concrétise, j’en rapporterai les conclusions sur ce carnet.

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[1] Cette « expérience » se fait à la demande de l’enseignant. Ma contribution est liée à mon activité de chercheur en Histoire ; elle consisterait à évaluer les usages numériques des étudiants, à donner les bases méthodologiques de la rédaction d’un mémoire (bibliographie, sources) par une formation en quelques heures à l’utilisation de Zotero (installation, principes de bases, importation/exportation des références).

Les Journées du E-Learning les 26 et 27 juin 2014 : la qualité au profit de l’apprentissage

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Comme chaque année, j’assure la fonction de gestionnaire de communauté sur le Web pour l’événement organisé par mon service : les Journées du E-Learning. En dépit d’un thème, le E-Learning qui pourrait apparaître peu porteur, les Journées du E-Learning restent le principal événement de l’université Lyon 3 par sa fréquentation, de 400 à 500 personnes par an, sur deux jours.

Cette année, le thème abordé est celui de la « qualité au profit de l’apprentissage » et plus précisément de l’approche itérative symbolisée par la roue de William Deming « Plan Do Check Act »  : toute action doit être soumise à une évaluation qui conditionnera à nouveau une action.

L’enjeu de cette approche dans le domaine techno-pédagogique est de développer la qualité de l’apprentissage à l’aide du numérique.

Le programme et les inscriptions se font sur le site des Journées du E-Learning.

Le programme de la plénière s’annonce particulièrement alléchant avec la présence du philosophe Bernard Stiegler, de l’avocat Olivier Iteanu, de France Henri membre de la TELUQ, et peut-être de la présidente de la CNIL, Isabelle Falque Pierrotin.

Des ateliers sont aussi prévus et en cours de constitution. Ils seront disponibles sur le site des Journées et il faudra s’inscrire pour y participer.

Les inscriptions sont gratuites pour les personnes issues du secteur public (Compter 30 euro si vous souhaitez déjeuner sur place les deux jours), et 95 euro pour les personnes du secteur privé (repas inclus).

La plénière sera retransmise en live sur le site des Journées, et de même pour les tables rondes que nous organiserons en atelier autour de sujets liés à la massification du e-learning (MOOC, enjeux juridiques, etc…)

On se voit à Lyon les 26 et 27 juin ?

 

Les SPOC comme alternative crédible aux MOOC

On parle des SPOC (Small Private Online Courses) depuis quelques mois comme une alternative crédible aux MOOC. Alors que les universités se lancent dans la production des MOOC sans trop savoir où cela les mènera, un mouvement inverse à la massification et à l’ effet « vitrine » des CLOM fait son apparition. L’idée des SPOC serait d’utiliser les ressources qui ont fait le succès des MOOC comme la vidéo, et autres contenus pour des « séquences pédagogiques » réservées à un petit nombre d’étudiants. On utiliserait le concept de classe inversée : les cours seraient vus à la maison par l’étudiant et on discuterait et appliquerait en classe notions et concepts développés en vidéos.

Bien sûr, les SPOC demandent une structure technopédagogique pour discuter du contenu et de la scénarisation des cours (xSPOC ou cSPOC), mais à la différence des MOOC, la faisabilité des SPOC s’avère (en apparence) plus abordable que la mise en chantier de projets MOOC qui nécessitent du temps, un investissement en infrastructures techniques et du personnel pas toujours disponible ni qualifié dans les universités.

Certaines universités font déjà du SPOC. Harvard et Berkeley expérimentent ce type d’enseignement. L’université Lyon 3 peut dores et déjà capitaliser sur l’expérience de la Faculté de droit virtuelle pour développer des SPOC sur des formations certifiantes. Même si elle se rapproche plus de la FAD, l’expérience de la FDV n’est pas sans intérêt pour le suivi et la gestion des apprenants. L’université de Cergy-Pontoise a développé des SPOC pour les étudiants se préparant aux concours d’enseignement.

Reste que ce dispositif hybride présentiel/en ligne flexible et peu coûteux à mettre en place pose quelques questions, à commencer par la guidance (tutorat) et l’évaluation des participants. Reste-t-on sur un modèle de type MOOC ou revient-on à des formes plus traditionnelles ? On peut aussi se poser la question de la gratuité. Si pour de nombreux MOOC la seule diplomation est payante, rien n’empêche de faire payer au participant l’accès aux SPOC étant donné la confidentialité du nombre d’apprenants…

Incertitudes autour des MOOC

MOOC ! MOOC ! MOOC ! Ou Plutôt CLOM (Cours en Ligne Ouverts et Massifs) Tout le monde a ce mot à la bouche. De la Ministre de l’Enseignement supérieur aux enseignants du secondaire. Le sujet passionne le monde académique. Il suffit de regarder l’affluence aux différents événements organisés à Lyon sur le sujet en ce premier semestre universitairs, notamment aux Matinées du E-Learning que mon service co-organise avec les services TICE de plusieurs établissements lyonnais  : une centaine de personnes sur la pédagogie inversée des cMOOC au mois d’octobre au Learning Lab d’Ecully, une bonne cinquantaine pour les entretiens Jacques Cartier au mois de novembre à l’ENS Lyon, environ 80 personnes vendredi 13 décembre sur les MOOC à Lyon 2. L’occasion de revenir sur certaines inquiétudes de la part des enseignants entendues ça et là, et sur les incertitudes de la mise en place des MOOC dans l’enseignement supérieur.

La ministre Fioraso l’a clairement dit le 2 octobre lors de la présentation du projet France Université Numérique. Les MOOC doivent servir à mettre en valeur l’Excellence de l’enseignement français. Ou du moins ce qu’il en reste.

« Le développement des cours en ligne (Massive Open Online Course) dans les dix prochaines années redéfinira la carte universitaire internationale. La France a un rôle à y jouer, à la hauteur de la qualité de son enseignement et de sa recherche, en termes de coopération avec les pays en développement et les pays francophones. »<1>

De là est né le projet FUN. 12 millions d’euro vont être débloqués pour le développement de formations numériques innovantes. Les universités françaises sont donc fortement incitées à créer leur propres MOOC avec certification à la clé. Ce ne sera pas sans poser de problèmes.

D’abord, et c’est ce qui a préoccupé certains des participants à la dernière matinée e-learning du 13 décembre, la propriété du cours développé en MOOC n’est pas claire. Dans l’enseignement supérieur, les cours (tous supports confondus) appartiennent aux enseignants et non au Ministère ni à l’Établissement. Si cours en ligne il doit y avoir, cela pose donc la question de l’exploitation du cours. Les établissements devraient donc acheter un cours aux enseignants ? La question des heures de service est aussi importante : le cours se fera hors service où à l’intérieur du contingent d’heures ?

Un autre problème concerne le suivi du MOOC. A supposer que la matière définie par l’établissement suscite l’engouement, il faudra nécessairement suivre, pour la part des étudiants motivés, leurs travaux, leurs questions et définir l’infrastructure technique qui supportera un taux de connexions élevées et permettra l’échange de documents dans de bonnes conditions techniques. Certains LMS sont bien adaptés à l’enseignement en ligne : Moodle, mais aussi la future Claroline connect. Mais qui assurera le tutorat, la correction des copies, et même la scénarisation pédagogique en amont ? C’est un enjeu important car si les MOOC doivent se concrétiser, la diplomation de la formation apparaît évidente. Elle devra se faire soit sous forme de certification, comme cela se fait déjà par le biais de SOOC ( Small Open Online Course) à l’université Lyon 3, soit sous forme de diplôme (national, universitaire), ou de manière plus innovante sous forme de badges. Il n’est peut-être pas clair pour tout le monde qu’un MOOC valorise, dans l’esprit de la plupart de ses apologistes, des compétences et plus seulement des connaissances. On peut bien sur développer des MOOC hybrides avec une évaluation sur ces deux plans. La porte est ouverte.

La question des moyens humains a dispositions des CLOM reste centrale. Il faut une équipe dédiée aux MOOC que ne possèdent pas les établissements : ingénieurs pédagogiques, tuteurs vacataires et enseignants devront donc coordonner leurs actions pour proposer des MOOC. Ce n’est pas la volonté qui manque, mais les moyens financiers et les compétences. La plupart des ingénieurs pédagogiques ne sont pas formés à la création de MOOC. Il existe très peu de personnes en France capables de le faire. Vive l’auto-formation ! Les établissements français qui le peuvent devront financer à l’aide d’emplois Fioraso, qui seraient peut-être mieux investis ailleurs, ou sur leurs fonds propres, des postes alloués à la création de MOOC.

La part de non-dit sur les MOOC concerne essentiellement l’enjeu économique. Si il s’agit de « vendre » des cours, cela pourrait causer un problème d’ordre éthique. Il faudra donc gérer (selon la qualité des enseignants et des cours) une tarification qui pourrait être très onéreuse et entrerait en contradiction avec les missions de service public de l’enseignement supérieur… Mais que vendre ? le cours lui même ? La certification ? Le suivi tutoré ? Je ne crois pas que les MOOC se développent en France dans l’enseignement supérieur sur le modèle de l’Open course. J’ai au contraire peur que cela ne justifie l’augmentation des frais d’inscriptions pour les formations en Licence ou Master alternant présentiel et cours à distance. Le projet FUN propose déjà de s’inscrire à des MOOC. La plateforme FUN devrait lister les MOOC proposés par les établissements, mais non en vendre.

L’autre non-dit, plus théorique, concerne place de l’enseignant n’est jamais évoquée, mais les MOOC se sont développés sur le modèle d’apprentissage connectiviste développé par George Siemens et Stephen Downes à l’université du Manitoba. L’apprentissage est au coeur du dispositif de formation. On y valorise les compétences plutôt que les connaissances. Dans ce dispositif, le rapport au savoir se fait horizontalement, par un processus collaboratif, réticulé, connecté, entre les acteurs du cours dans un contexte informatif changeant. Mais ces contextes d’apprentissage se font aussi selon un modèle de pédagogie inversée (les flipped classroom) : l’enseignant devient un tuteur de la communauté et donne un cadre à l’apprentissage, mais c’est l’élève qui construit son savoir . Les MOOC connectivistes, ou cMOOC ont été développés par Downes et Siemens à partir de 2008. C’est ce modèle qui est envisagé par les Anglo-Saxons. Les établissements devront donc choisir entre xMOOC (MOOC au cours traditionnel), cMOOC, ou des dispositifs hybrides entre ces modèles. Cela peut dérouter beaucoup d’enseignants attachés à une pédagogie de la « chaire » selon un modèle de transmission hiérarchisée du savoir de l’enseignant aux étudiants… Pire, ils peuvent déjà y voir une menace sur leurs cours en présentiel…

Les MOOC posent dans les établissements plus de questions qu’ils ne proposent de réponses. Il ne s’agit pas de supprimer les cours en présentiel selon la Ministre :

« Si je suis d’accord pour réduire, surtout en 1ère année, les cours en amphi, je ne partage pas ce point de vue. Ni l’écriture, ni l’imprimerie n’ont fait disparaître les rapports humains dans la transmission des savoirs. A l’inverse, elles les ont enrichis : ces changements de paradigmes se sont accompagnés de plus d’échanges, de mobilité, de rencontres, d’ouverture. »<2>

Le numérique est vu comme une formidable opportunité d’ouverture au monde de l’enseignement supérieur français. Les MOOC eux même, peuvent être à l’échelon local permettre de donner un coup de fouet aux pratiques numériques des enseignants. Jean-Paul Moiraud va plus loin : et si les MOOC n’étaient qu’une façon déguisée de parler de e-learning et de doper sa pratique à l’aide d’outils innovants ? La discussion est ouverte …

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<1> Discours de présentation du projet FUN du 2 octobre 2013

<2> Idem.

Révolution techno-pédagogique : convaincre et rassurer les enseignants

En réalité on ne sait jamais ce qui se passe on sait simplement ce qu’on veut qu’il se passe. C’est comme ça que les choses arrivent. En 17, Lénine et ses camarades ne disaient pas nous allons faire la révolution parce que nous voulons la révolution. Ils disaient si toutes les conditions de la révolution sont réunies la révolution est inéluctable.  Tirade de Jean-Pierre Léaud dans Liberté, la nuit, Philippe Garrel, 1983.

On parle ici et là de « révolution techno-pédagogique » dans le milieu universitaire mais elle est loin d’être actée. L’essor du numérique dans nos société contemporaines a bouleversé notre rapport traditionnel au Savoir et aux apprentissages, mais elle a aussi chamboulé la place même des acteurs du monde universitaire par un changement du paradigme de la transmission et de l’enseignement. La verticalité de la diffusion des savoirs, d’un professeur à ses étudiants est de moins en moins pertinente à l’heure où chacun peut trouver sur Internet en quelques clics ou quelques minutes de recherche des ressources qu’il peut utiliser pour se former. Le  monopole du magistère traditionnellement détenu par les enseignants glisse vers une appartenance partagée avec les apprenants.

Dans cette nouvelle approche des savoirs, le rôle des enseignants n’est plus de délivrer un savoir disciplinaire dans un cours, mais de guider, de conseiller, de filtrer ces savoirs, et d’apprendre à ses étudiants une méthodologie nécessaire à la sélection des contenus les plus appropriés à leur formation. C’est à l’enseignant de donner des pistes aux étudiants en fournissant par le cours et/ou les outils numériques les cadres et contenus propices à la progression de l’apprenant. En ce sens, le numérique a ici tout de révolutionnaire puisqu’il change à la fois les modalités d’acquisition des connaissances et compétences, et le rôle de ses acteurs, enseignants compris.

Cependant, cette révolution ne peut se faire sans des pré-requis et une remise en question du rôle de l’Université. La prise de conscience de la modification nécessaire, voire indispensable des enseignants s’opère progressivement et à petites touches. Dans mon établissement, il est très difficile de sensibiliser les enseignants à ce changement épistémologique de leur place dans la transmission des savoirs. Si certains en prennent conscience par la pratique et les initiatives personnelles, beaucoup pensent, et pas seulement les plus âgés, que le magistère de l’enseignant est le seul viatique possible dans la diffusion des savoirs et compétences de leur champ disciplinaire. Le Web 2.0, par Wikipedia, par l’essor des réseaux sociaux  a invalidé cette croyance, et le web 3.0 l’ère des bases de données contribuera pourtant à accentuer la fin du modèle pédagogique vertical.

Ce n’est pas remettre en cause la liberté pédagogique du corps professoral que de dire que les outils numériques ne contribuent pas à annihiler toute forme de cours (ni de dis-cours) ils permettent au contraire d’élaborer de nouvelles formes d’apprentissage, où l’étudiant devient le coeur d’un dispositif pédagogique ayant pour but sa réussite. Les outils numériques ne sont qu’un des moyens possibles concourrant à la formation réussie des apprenants. Il ne s’agit pas non plus de mettre dans le grand maëlstrom digital les étudiants et les enseignants sur un coup de tête. Cette révolution technopédagogique doit être accompagnée et expliquée aux publics universitaires. A ce stade, le rôle des ingénieurs pédagogiques s’avère indispensable pour former les enseignants qui souhaitent s’investir, en les aidant pa exemple à constuire de scénarios pédagogiques adaptés à leurs cours.

Nous avons en France les potentialités et les conditions propices au déclenchement de cette révolution numérique et pédagogique, mais nous manquons de moyens, de motivation et de stratégie cohérente. Cela dépend bien entendu à l’échelle locale des établissements, mais bien souvent les cellules TICE des établissements sont réduites à peau de chagrin. Les TICE, ce n’est pas mettre un fichier word en pdf et l’insérer sur une plate-forme pédagogique. Les ingénieurs pédagogiques ont cette mission d’assurer la bonne conduite de la révolution pédagogique en cours. Leur rôle est important, mais trop souvent minoré, ignoré, voire méprisé à l’intérieur des établissements. Très souvent, les universités n’ont pas établi de stratégie numérique, si ce n’est en matière de communication. L’essor de ressources pédagogiques numériques contribuerait à valoriser les formations de l’établissement et pourquoi pas permettre de gagner un peu d’argent par la création de formations à distance, de cours en ligne comme des MOOC (Cours massifs ouverts et en ligne) , etc. A Lyon, nous avons déjà quelques cours de ce type.

Enfin, le problème, et non des moindres est de convaincre les enseignants eux-mêmes du bien fondé de cette mutation en marche. Les réticences du corps professoral vis-à-vis du numériques ont de multiples causes, remise en cause d’une liberté pédagogique c’est-à-dire du verrouillage des supports de cours par peur de perte de contrôle ; manque de motivation à s’impliquer dans les nouvelles technologies, manque de reconnaissance, aussi du travail effectué sur les outils dédiés (la question de la rémunération est souvent évoquée), l’impression souvent justifié de devenir un technicien plus qu’un enseignant en utilisant tel ou tel service… Il est aussi question de cultures disciplinaires, certaines matières sont plus impliquées que d’autres en technopédagogie. La formation et la sensibilisation des enseignants s’avère indispensable et doit être entreprise avant même l’arrivée en chaire. Le ministère semble avoir compris la nécessité d’une formation que j’espère fortement incitative des enseignants aux outils numériques, cela n’était pas le cas il y a cinq ou six ans.

L’excellence de l’université française ne peut passer que par cette révolution technopédagogique. Qu’on l’accepte ou qu’on la déplore, elle paraît inéluctable si nous voulons conserver le rayonnement universitaire et culturel de notre pays dans le monde. Les ferments révolutionnaires sont là, ils ont déjà éclos ici et là à l’échelle locale par des projets souvent très concrets se basant sur des usages précis. Mais je constate que nous n’avons pas de volonté ministérielle forte de développer une stratégie numérique d’enseignement et de recherche en France. Le rapport sur la « refondation » de l’université est éloquent. Le changement pourrait donc intervenir à l’échelle des pôles universitaires de sites, ou régionaux.

Nous sommes à la traîne par rapport au monde anglo-saxon, alors que nos potentialités sont énormes et nos formations apportent une réelle valeur ajoutée pour le pays. L’université française bénéficie d’une bonne image de marque à l’étranger ; son attractivité pourrait être renforcée par une politique volontariste misant sur les capacités des établissements universitaires à promouvoir leurs atouts. Je suis convaincu que nous pouvons passer ce cap malgré les difficultés si chacun prend conscience que cette révolution