Les MOOCs ont-ils vraiment fait « pschitt » ?

Photo de Montgolfière

Cliché : Amber Avalona, Pixabay, Licence CC0 1.0.

Il a fallu un article publié dans le quotidien Le Monde sur les MOOCs pour que le petit monde pédago-numérique s’anime sur les réseaux sociaux sur leur l’échec relatif. Il y a trois ans, j’avais été invité par l’université de Neuchâtel pour parler des MOOCs avec quelques personnalités suisses. J’y avais défendu les arguments que je tenais sur ce carnet quelques mois auparavant. Sur le fond, mon scepticisme vis-à-vis des MOOCs a été confirmé pour le cadre hexagonal. C’était appliquer des recettes anglo-saxonnes dans un pays qui dispose d’une culture académique et d’un rapport aux savoirs particulier. Le temps étant passé, les MOOCs ayant été expérimentés, on peut établir un bilan et se demander quel est l’avenir des cours libres ouverts et massifs en ligne dans le cadre universitaire hexagonal.

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Retour sur les JIPES 2017

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Les 26 et 27 septembre 2017, la DGESIP du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche organisait à l’université Paris 5 sur le campus de Jussieu les Journées nationales de l’Innovation pédagogique dans l’Enseignement supérieur (JIPES)

Les JIPES portaient sur la personnalisation des parcours et des pratiques. J’y ai assisté. Ce billet a pour objet d’apporter une synthèse agrémentée de quelques réflexions personnelles. Elles n’engagent pas mon établissement. 

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Un learning lab pour l’université Lyon 3

L’université Jean Moulin Lyon 3 vient de se doter d’un nouvel outil propice aux nouvelles formes d’enseignement par le numérique. Le learning lab propose non seulement une palette d’outils numériques destinés à tous les usages pédagogiques, du modèle transmissif au modèle constructiviste ; mais il propose aussi une nouvelle définition de l’enseignement dans l’espace par un nouveau mobilier incitant à repenser l’espace de formation.

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Université et pédagogie : partager les expériences

Enseignants dans un amphithéâtre de l’université des Antilles-Guyane, Cayenne, mars 2006.

Il est des lectures comme des gens qui modifient sensiblement votre vision de voir les choses, comme cette enseignante que j’ai rencontré récemment sur la pédagogie. On a trop tendance dans l’enseignement supérieur à vouloir évacuer cette question pourtant essentielle. Oui, on peut faire de la pédagogie purement universitaire. C’est une question d’adaptation au public étudiant qui n’est plus le même qu’il y a dix, vingt ou trente ans en terme, mais aussi aux enjeux intradisciplinaires et extradisciplinaires : meilleure acquisition d’une méthodologie de compétences et de savoirs, taux de réussite et d’insertion, réputation d’une formation, d’une faculté et même de l’établissement.

Mais tout dépend de la façon de transmettre des savoirs et des compétences. Comme enseignant, on peut préférer la façon toute française et scolastique d’enseigner avec un rapport vertical au savoir, de l’enseignant qui « délivre » un savoir, à l’enseignant qui prend note et doit assimiler le contenu du cours.Cette forme de magistère est bien adaptée en sciences humaines et sociales au recrutement des enseignants. Objectivement, qu’on soit en Histoire ou en Lettres, les enseignants sont tous passés peu ou prou par plusieurs étapes essentielles pour obtenir leur poste d’enseignant chercheur, au prix d’un dur labeur. A l’opposé, les nouvelles formes de pédagogie comme les classes inversées, où le rapport au savoir, co-construit, se nourrissant de relations horizontales est souvent mal vu par les enseignants chercheurs. Elles remettent en cause leur rôle traditionnel qui n’est  plus le garant et le passeur unique des savoirs. Il joue désormais le rôle de guide, de tuteur, celui qui va donner aux étudiants une méthode, des savoir-faire pour interpréter correctement ces connaissances disciplinaires. Cela peut passer par des ateliers, une scénarisation par plusieurs activités pédagogiques problematisées, des échanges plus importants entre l’enseignant et les étudiants. Bref, la nouveauté radicale c’est que l’étudiant est bien plus actif dans le processus d’acquisition des savoirs, et l’enseignant s’efface en « vieux sage » pour guider les étudiants dans les dédales. Cette nouvelle forme d’enseignement, et le rôle même d’animateur, découlent d’une révolution « techno-pédagogique » à mon sens inéluctable.

Cela a de quoi perturber nos enseignants en France, mais dans le monde anglo-saxon, ces nouvelles formes de cours sont en place depuis plusieurs décennies déjà. Dès lors, on comprend mieux le malaise de nombreux enseignants-chercheurs face à ces formes de pédagogie que quelques apologistes un peu trop zélés voudraient étendre partout.  Pourtant, le public étudiant change au fil des années. Les néo-inscrits dans l’enseignement supérieur sont souvent désarmés face au monde universitaire qu’ils découvrent. Ces étudiants et leur désir d’encadrement sont en totale inadéquation avec le monde académique qui exige de la rigueur et de l’autonomie. Les étudiants de Licence sont demandeurs de solutions rassurantes leur permettant de mieux assimiler les cours. La pédagogie est donc parfaitement légitime dans le milieu universitaire si elle permet aux étudiants de gagner en autonomie et en savoir-faire.

Il ne s’agit pas de reproduire la pédagogie du secondaire, mais bien de trouver une nouvelle façon d’enseigner en prenant en compte les changements de l’ère numérique : l’arrivée des digital natives et l’accès à une masse considérable de connaissances par le web. De là une question : comment valoriser la pédagogie à l’université ? Et comment l’apprendre puisqu’on a aucune formation ou presque pour les enseignants chercheurs ?

Hormis une valorisation liée aux questions de service et de rémunération  (primes, etc.), je souhaite concrétiser le projet d’un « séminaire » sur la pédagogie à la fois formateur et valorisant. Il ne s’agit pas de théorie, mais d’un échange, entre enseignants chercheurs autour du témoignage d’un des leurs. Font-il de la pédagogie et comment ? Avec des outils numériques ? Et la scénarisation, il y en a ?

Cette idée a germée à l’issue d’une rencontre avec une enseignante d’Anglais, celle que j’évoquais dans les premières lignes de ce billet. Sa vision de la pédagogie et de l’enseignement en général, à la fois généreux mais exigeant, insiste beaucoup sur les questions de pédagogie davantage prises en compte dans les universités anglo-saxonnes qu’elle a pu fréquenter dans sa carrière. Si la pédagogie est l’art de transmettre, elle doit aussi créer le cadre facilitant cette transmission. L’art réside bien dans ce délicat mélange entre transmission et condition d’échanges. Il n’y a pas de recettes toutes faites, chaque enseignant a la sienne.

Si nous pouvons créer, avec ce séminaire une communauté de pratiques autour de cette question, je considérerai mon devoir d’ingénieur pédagogique comme accompli. 🙂

Enseignement et recherche universitaire : hybrider les pratiques numériques

J’ai évoqué lors d’un billet précédent comment j’avais formé un enseignant sur Zotero pour l’aider dans son travail de chercheur. De cette expérience, m’est venue l’idée encore confuse que le développement numérique à l’université se nourrissait chez les enseignants-chercheurs d’interpénétrations entre leurs pratiques de chercheur et d’enseignant.

Cette intuition se base sur un constat simple. En France, dans le milieu universitaire, les enseignants sont (pour une majorité) aussi des chercheurs. Surtout des chercheurs, l’activité semble plus valorisante. Celui-ci se pose la question de la pertinence d’outils numériques à vocation pédagogique.

De là l’idée de proposer aux enseignants une hybridation des pratiques. Si nous voulons vraiment accompagner efficacement les enseignants en pédagogie numérique , il faut être pragmatique et adopter une « politique des petits pas », à défaut d’avoir une stratégie d’établissement portée par une équipe dirigeante capable de comprendre et d’anticiper les usages. Cette pragmatique passe par l’adaptation et l’hybridation des pratiques en ayant recours à un medium. Une bibliographie Zotero ou une formule mathématique écrite sous LaTeX peuvent par exemple très bien être exportables sur Moodle par la mise en place de plug-in. La plateforme Moodle se prête bien à ce rôle d’intermédiaire par sa flexibilité.

Par effet de ricochet, cette hybridation est aussi profitable aux étudiants puisqu’ils acquièrent une pratique raisonné et disciplinaire des outils numériques par leur manipulation. On peut aussi pousser plus loin ces usages par l’enseignement d’une méthodologie scientifique propre à chaque matière en ayant recours aux outils utilisés par les enseignants. Par exemple, la rédaction d’un mémoire de M1 peut se faire en LaTeX ou la recherche documentaire par le recours aux moteurs de recherche spécialisés comme Isidore… Pour peu, bien sûr qu’on en enseigne les rudiments !

Peut-être faut-il raisonner de façon systémique si l’on veut embrasser l’ensemble des interactions possibles entre les usages du chercheurs, de l’enseignant et l’avantage qu’on peut en tirer (gain de temps car les outils sont familiers et utilisés fréquemment, amélioration qualitative des cours et des échanges avec les étudiants…) Nous aurions tout à gagner à penser un enseignement numérique en partant du concret c’est-à-dire des usages…

Voilà où en est l’état de ma réflexion sur ces pratiques hybrides qui est amenée à évoluer (comme toute idée !). Nous allons tenter de façon très informelle avec mon compère enseignant évoqué dans les premières lignes [1], d’appliquer ce principe d’hybridation dans le cadre d’un cours où nous mettrons les étudiants à contribution. Si ce projet se concrétise, j’en rapporterai les conclusions sur ce carnet.

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[1] Cette « expérience » se fait à la demande de l’enseignant. Ma contribution est liée à mon activité de chercheur en Histoire ; elle consisterait à évaluer les usages numériques des étudiants, à donner les bases méthodologiques de la rédaction d’un mémoire (bibliographie, sources) par une formation en quelques heures à l’utilisation de Zotero (installation, principes de bases, importation/exportation des références).

Les Journées du E-Learning les 26 et 27 juin 2014 : la qualité au profit de l’apprentissage

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Comme chaque année, j’assure la fonction de gestionnaire de communauté sur le Web pour l’événement organisé par mon service : les Journées du E-Learning. En dépit d’un thème, le E-Learning qui pourrait apparaître peu porteur, les Journées du E-Learning restent le principal événement de l’université Lyon 3 par sa fréquentation, de 400 à 500 personnes par an, sur deux jours.

Cette année, le thème abordé est celui de la « qualité au profit de l’apprentissage » et plus précisément de l’approche itérative symbolisée par la roue de William Deming « Plan Do Check Act »  : toute action doit être soumise à une évaluation qui conditionnera à nouveau une action.

L’enjeu de cette approche dans le domaine techno-pédagogique est de développer la qualité de l’apprentissage à l’aide du numérique.

Le programme et les inscriptions se font sur le site des Journées du E-Learning.

Le programme de la plénière s’annonce particulièrement alléchant avec la présence du philosophe Bernard Stiegler, de l’avocat Olivier Iteanu, de France Henri membre de la TELUQ, et peut-être de la présidente de la CNIL, Isabelle Falque Pierrotin.

Des ateliers sont aussi prévus et en cours de constitution. Ils seront disponibles sur le site des Journées et il faudra s’inscrire pour y participer.

Les inscriptions sont gratuites pour les personnes issues du secteur public (Compter 30 euro si vous souhaitez déjeuner sur place les deux jours), et 95 euro pour les personnes du secteur privé (repas inclus).

La plénière sera retransmise en live sur le site des Journées, et de même pour les tables rondes que nous organiserons en atelier autour de sujets liés à la massification du e-learning (MOOC, enjeux juridiques, etc…)

On se voit à Lyon les 26 et 27 juin ?

 

Les SPOC comme alternative crédible aux MOOC

On parle des SPOC (Small Private Online Courses) depuis quelques mois comme une alternative crédible aux MOOC. Alors que les universités se lancent dans la production des MOOC sans trop savoir où cela les mènera, un mouvement inverse à la massification et à l’ effet « vitrine » des CLOM fait son apparition. L’idée des SPOC serait d’utiliser les ressources qui ont fait le succès des MOOC comme la vidéo, et autres contenus pour des « séquences pédagogiques » réservées à un petit nombre d’étudiants. On utiliserait le concept de classe inversée : les cours seraient vus à la maison par l’étudiant et on discuterait et appliquerait en classe notions et concepts développés en vidéos.

Bien sûr, les SPOC demandent une structure technopédagogique pour discuter du contenu et de la scénarisation des cours (xSPOC ou cSPOC), mais à la différence des MOOC, la faisabilité des SPOC s’avère (en apparence) plus abordable que la mise en chantier de projets MOOC qui nécessitent du temps, un investissement en infrastructures techniques et du personnel pas toujours disponible ni qualifié dans les universités.

Certaines universités font déjà du SPOC. Harvard et Berkeley expérimentent ce type d’enseignement. L’université Lyon 3 peut dores et déjà capitaliser sur l’expérience de la Faculté de droit virtuelle pour développer des SPOC sur des formations certifiantes. Même si elle se rapproche plus de la FAD, l’expérience de la FDV n’est pas sans intérêt pour le suivi et la gestion des apprenants. L’université de Cergy-Pontoise a développé des SPOC pour les étudiants se préparant aux concours d’enseignement.

Reste que ce dispositif hybride présentiel/en ligne flexible et peu coûteux à mettre en place pose quelques questions, à commencer par la guidance (tutorat) et l’évaluation des participants. Reste-t-on sur un modèle de type MOOC ou revient-on à des formes plus traditionnelles ? On peut aussi se poser la question de la gratuité. Si pour de nombreux MOOC la seule diplomation est payante, rien n’empêche de faire payer au participant l’accès aux SPOC étant donné la confidentialité du nombre d’apprenants…